Transsibérienne en solitaire : les galères…

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Il est temps de vous livrer notre dernier récit de voyage, ou plutôt mon dernier récit. En effet, après notre passage en Corée du sud, Hyon est rentrée en France en avion avec sa soeur, et moi, retour en Mongolie pour ramener Teddy à la maison…un long voyage en solitaire…

Ce récit n’aura que très peu de photos, contrairement à nos habitudes, car je n’avais pas trop le temps et la motivation pour en faire.

Voyager en solitaire peut être une très belle expérience…quand on l’a choisi et quand on n’a pas de souci en tête, dans mon cas, ça a plutôt été une épreuve. Une épreuve difficile à vivre, tant physiquement que moralement, et aujourd’hui, j’ai du mal à me dire que j’ai fait ça tellement les choses n’ont tenues qu’à un fil…je m’en serai volontiers passé. Première partie du récit : la partie facile…

 

En Mongolie

Je suis rentré en Mongolie le samedi 11 aout, après mon passage en Corée du Sud pour aider et soutenir Hyon. Je dis « rentré », car depuis plus d’un mois, Oulan Bator est la ville où je reviens régulièrement, comme un point de chute fixe, je commence à m’y sentir vraiment bien, malgré les événements. En plus, je rentre chez Goyo et Olly, nos amis anglo-mongoles, un foyer accueillant et confortable pour me reposer.

Teddy a été confié à l’Ambassade de France en Mongolie, qui m’a largement aidé pour quitter le pays en avion alors que je ne pouvais pas sortir du territoire sans la voiture. Du coup, ce weekend, c’est repos et détente, je récupèrerait Teddy lundi. Durant le weekend, je retourne au restaurant où tout nos malheurs ont commencé, Goyo et Olly m’expliquent comment ils nous ont vu et ont décidé de nous venir en aide.

Lundi 13, c’est sous la pluie que je quitte mes amis, direction l’ambassade pour récupérer Teddy, et puis je vais passer la journée à l’Oasis Café. L’Oasis est une guesthouse où les baroudeurs auto et moto se retrouvent, j’espère trouver des européens qui retournent en Europe, afin de faire route ensembles. En effet, je ne souhaite pas être seul, j’aimerai un copilote ou au moins rouler en convoi…

Malheureusement, je ne trouverai personne, bien que des français soient là, ils viennent juste d’arriver en Mongolie et donc vont encore rester. Dommage, j’aurai bien aimé faire route avec eux…

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Après la nuit passée à la guesthouse, je décide de prendre la route, le temps tourne et mon visa russe se termine à la fin du mois, la course contre la montre est donc lancée…Si on fait le calcul : j’ai 7000km à faire pour quitter la Russie et arriver en Europe, sachant qu’avec Hyon on arrivait à faire 800km par jour en se relayant au volant et en passant nos journées à conduire, à priori je vais faire max 400km par jour seul…soit environ plus de 17 jours…oops, on est déjà le 14 août…

Avant de quitter la ville, un petit passage au temple, sans pour autant être croyant, je tourne quelques rouleaux à prière, histoire de, on sait jamais, ça pourrait servir…

Durant cette journée du mardi, je fais route tranquillement vers la frontière russe, à Khyakta, où j’arrive vers les 16h. Il n’y a pas trop d’attente, je me place dans la file et attend…les heures passent, mais rien ne bouge, aucune voiture passe, vers les 18h, un camionneur russe va se renseigner. Il revient vers moi et m’explique (en russe, bien sur…) qu’en fait, il ne faut pas attendre mais directement avancer…super, j’ai perdu 2h. Du coup, on passe…Hélas, le temps que les formalités côté mongole soient terminées, la frontière russe elle a fermé ! Nous sommes 4 voitures à être dans le no mans land entre les deux pays ! On nous dit de faire demi-tour, mais nos visas mongoles ne nous le permet pas, et on ne peut pas avancer pour aller du côté russe. Après une bonne demi-heure de gueulante, les agents russes nous laissent finalement passer en tamponnant nos passeports à la date du lendemain. Ouf !

Il est environ 20h d’après mon téléphone, je ne sais pas si je suis à l’heure mongole ou russe…tant pis, je me fie au soleil, tant qu’il fait jour, je vais rouler : j’aimerai dormir au même endroit où nous avons dormi à l’aller, car le lieu était éloigné et tranquille, étant seul maintenant, je crains plus pour ma sécurité qu’à deux (oui, Hyon du haut de son mètre cinquante ça me rassure…)

Je regarde mon GPS, démoralisant de voir la distance à parcourir…

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Finalement, le soir, pour dormir, je ne retrouverai pas le lieux de bivouac car le soleil est couché et il fait noir, je ne reconnais plus rien. Je trouve un chemin qui s’éloigne de la route, je m’y engage, et je me met en mode dodo sans manger, pas vraiment tranquille car je n’ai pas pu repérer mon environnement immédiat avant de bivouaquer. Tant pis, je décide de me lever aux premières lumières du soleil, c’est pas durant la nuit noire qu’on me repèrera…Je le dis et le répète : on ne choisi pas un bivouac quand il fait noir ! Toujours faire son repérage de jour…

 

Irkoutsk

Je commence à perdre la notion du temps et des jours…Je prend la route tôt le matin, le soleil se lève tout juste. J’avance, je passe près d’Oulan Ude, et je contourne le lac Baïkal pour arriver à Irkoutsk. J’ai pour plan de faire faire la révision de Teddy là-bas, avant d’attaquer la traversée de la Sibérie. J’arrive à la concession Land Rover vers les 16h et je prend rendez-vous pour le lendemain : vidange intégrale de Teddy (moteur-boîte-ponts) et changer les plaquettes arrières. Ils n’ont pas les plaquettes, pas de souci, j’en ai amené depuis la France. Ce soir, je vais dormir à la guesthouse où Jeff était, car je sais qu’on peut garer Teddy. Je prend 2 nuits car mon rendez-vous chez Land Rover n’a lieu que l’après-midi et donc je ne pourrai pas prendre la route dans la foulée…

Le lendemain, on doit être mercredi, j’amène Teddy…le temps passe, et au bout d’un moment, le responsable vient me voir…Comme personne ne parle anglais, on  utilise internet pour communiquer et traduire ce qu’on se dit. Il y a un problème : les plaquettes de frein que j’ai fourni ne sont pas les bonnes, c’est des avants et pas des arrières…alors que j’avais bien commandé des arrières sur Oscaro ! Mes anciennes plaquettes sont totalement mortes, je ne peux plus rouler avec car on attaque déjà les disques du coup, et les pièces peuvent arriver au mieux que le lundi suivant, par avion, le lundi 20 ! Mon visa ne me permettra pas d’atteindre la frontière à temps si je pars que le lundi ou mardi…Je ne remercie pas Oscaro, site de vente de pièces auto en ligne, pour son non-professionnalisme, on ne peut pas leur faire confiance !

Il me reste une solution : je demande au responsable si je peux récupérer des plaquettes d’un defender d’exposition qu’ils ont. A mon grand étonnement, il accepte, mais je dois me débrouiller. On m’avance l’autre Def sur un pont, et je démonte…sauf que pas de chance, les plaquettes de ce Def récent ne sont pas les mêmes que les miennes : forme différente, épaisseur différente…Je me retrouve comme un con, avec 2 def sur des ponts pour rien…Aller, j’ai rien à perdre, je demande au responsable si je peux bricoler les plaquettes pour les faire rentrer sur le mien. Aller expliquer à une russe qui parle que russe « je veux juste couper la plaquette là, souder une petite patte ici et raboter l’épaisseur »…étrangement il m’a compris, et plus étrange encore, il m’a dit oui, à la seule condition que je dois me débrouiller, il ne prend pas la responsabilité de mes actes. Comme j’ai pas d’autres solutions, j’accepte, mais il se fait tard, le garage ferme, je dois faire ça demain. C’est en taxi que je rentre à la guesthouse, j’ai une nuit pour faire les plans pour modifier les plaquettes.

Et le lendemain, retour au garage à la première heure, on me laisse un établi et tout le nécessaire, et je m’exécute : après 1h, je fini la 1ère plaquette et je teste : ça passe, parfait ! Je m’active pour faire les autres, maintenant que j’ai le coup de main, et à 12h j’ai fini. Le responsable de la concession me demande si j’ai besoin d’autre chose. Oui, mon klaxon est mort, il m’en faut un. Il me dit de démonter celui du Def d’expo, c’est cadeau. Merci. Les gens de la concession viennent me voir, me souhaite bonne chance car eux-même ne feraient jamais cette traversée de la Sibérie. En fait, j’aime pas quand on me dit bonne chance, c’est un peu négatif…

Afin de s’assurer que mon voyage se passe bien, le responsable de la concession appelle ses collègues de Krasnoyarsk, la ville suivante après Irkoutsk à 1000km, pour leur dire de se tenir prêt si j’ai des soucis mécanique…Au cas où mes freins ne tiennent pas par exemple…

Je fais le plein de gasoil, je retire de l’argent car sur la route pas moyen de payer par carte, je grignote des biscuits mongoles, et je prend la route…Aller, cette fois-ci c’est parti, je ne pourrai pas reculer…

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