Gibraltar Race : ne jamais abandonner, pt 2

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On ne pensait pas qu’à la suite de l’article précédent, on recevrait des messages de gens inquiets ! C’est gentil de vous inquiéter, merci, mais…ne vous inquiéter pas, il en faut bien plus que ça pour arrêter Jmi. L’histoire n’est pas terminée…Pour ceux qui tombent directement ici, le début de l’histoire, c’est par ici : https://www.autonhome.org/blog/autres-voyages/gibraltar-race-2019/gibraltar-race-repousser-ses-limites-pt-1/

On s’en était arrêté à l’hôpital, suite à ma chute…

Je ne sais pas trop combien de temps j’ai dormi. Lorsque j’ouvre les yeux, je suis toujours dans la même chambre, avec deux italiens et leur famille respective. Je leur demande l’heure, mais personne ne parle anglais. Mes affaires sont par terre, avec mon téléphone dedans. Je n’ai toujours pas contacté Hyon ou mes parents. En essayant de bouger et me retourner, je constate que ça va mieux : la douleur est toujours là en bas du dos, mais elle devient supportable. Bon, je n’arrive tout de même pas à bouger suffisamment pour attraper mes affaires au sol. Et puis quelqu’un entre dans la chambre.

C’est une tête que je connais : c’est Laura ! Elle est là, à l’hôpital ! Enfin quelqu’un à qui je peux parler et qui me comprend ! Je lui demande l’heure, mon téléphone, lui raconte que je comprends rien et personne ne me comprend. Et puis arrive une infirmière, qui lui explique que je dois voir le médecin.

On voit donc le médecin ensemble, qui explique que j’ai rien de cassé, mais j’ai une vertèbre du bas du dos qui est fêlée. On ne sait pas trop si c’est à cause de l’accident ou si ça a été fait avant. C’est pas grave, ça n’appuie pas sur la moelle épinière heureusement, même si ça reste tout de même douloureux. On refait encore des radios du cou pour être sûr et puis c’est bon : je peux sortir !

Je suis content, ça aurai pu être pire : fracture du coccyx, et là, bah…fini la course pour de bon.

Le médecin recommande quelques jours de repos tout de même car des douleurs musculaires vont apparaître par la suite, et me donne un minerve.

Mais la décision est prise, vu que j’ai rien de cassé, et juste des douleurs supportables, la course n’est pas finie pour moi ! Je vais continuer ! Bon, faut juste que je récupère et contrôle ma moto, que je rachète de l’équipement, le mien ayant été coupé et que je prenne des anti-douleurs…mais c’est pas grand chose tout ça.

Le seul problème immédiat c’est comment arriver au prochain bivouac à Cuneo ?

Laura ne peut pas me ramener sur sa moto car la pauvre petite moto n’aimera pas les 2.30h de d’autoroute avec nous deux (…l’embrayage de sa moto n’est toujours pas au top de la forme…), et elle doit aller à Turin chercher des pièces en plus. J’appelle donc un taxi, ça va coûter un blinde, mais si je veux continuer, j’ai pas le choix.

Nos chemins se séparent donc, on se donne rendez-vous à Cuneo. Et à partir de ce moment, on se dit qu’on s’amènera mutuellement jusqu’à l’arrivée, on s’aidera pour aller jusqu’au bout ensemble, on galérera, en en bavera, mais surtout, on le fera ensemble. Elle ne le sait pas à ce moment, mais qu’elle ait été présente à l’hôpital, qu’elle ait abandonné sa course, ça m’a énormément aidé. J’étais à deux doigts d’abandonner, et j’apprendrai par la suite qu’elle aussi car elle était physiquement à bout, mais finalement, à deux on va remonter cette pente.

Mon taxi arrive, j’ai plus de deux heures de route, je m’endors. Arrivé sur place, l’orga me demande ce que je vais faire. Ma moto a été récupérée, elle arrive dans 3h. D’office, on me donne une chambre d’hôtel (oui, j’étais prêt à monter ma tente…). Je mange rapidement, et je file dans la chambre pour une douche et dodo. Sacrée journée ! C’est en fait mon tout premier accident de moto ! Oui, vraiment, je n’ai jamais eu d’autres accidents avant.

Les douleurs étant gênantes, et ne pouvant pas entièrement contrôler ma moto ce soir, je décide de ne pas prendre le départ le lendemain, d’aller directement au bivouac suivant par la route pour me tester et voir si tout est OK. On sera en France, ça sera plus facile pour moi de trouver du matériel, le jour suivant c’est le jour de repos donc c’est parfait : 2 jours de « repos » pour reprendre en forme ensuite !

Jour 10 : Cuneo (IT) – Arles (FR), 450km

Le matin, j’ai le cou totalement raide et le dos bloqué. J’ai donc pris la bonne décision de ne pas participer à la course aujourd’hui.

Je vais tout de même au départ voir les copains partir : Karl, Laura, David, Miguel, Dominique, etc…bonne route les gars !

Pour ma part, je dois payer les soins hospitaliers. Pour ça, rendez-vous à la poste pour faire une sorte de virement. Sauf qu’il faut un numéro fiscal, que je n’ai pas, étant donné que je ne suis pas résident italien. Je vais voir l’orga de la Gibraltar Race, ils sont italiens, pour « squatter » leur numéro. On m’en donne un, je retourne à la poste encore. Là, on me dit qu’il faut que la personne du numéro fiscal soit là.

Je suis quelqu’un de très gentil, poli et courtois. Mais là, ça me gonfle, je veux juste payer l’hôpital ! Je pourrais aussi bien quitter le pays sans m’acquitter de ces frais car ils n’ont aucune pièce d’identité ou adresse pour me retrouver, mais je suis honnête. Donc, quand toutes les solutions diplomatiques ont échoué, il reste une solution très française : gueuler !

Et bien là, ça marche ! La guichetière en face de moi, très gentille, me dit qu’on va utiliser son numéro à elle, pas de souci. On commence l’opération jusqu’à ce qu’elle me demande l’argent en liquide. Euh…j’ai pas de liquide en fait, j’ai qu’une carte. Ok, pas de souci, y’a un distributeur à l’entrée. J’y vais, et forcément…il est en panne. Le prochain distributeur est à 15 min de marche donc j’y vais, pas le choix.

Bref, une opération qui devait être simple à la base aura mis plus de deux heures. Je marche pas encore à allure normal en plus, donc chaque déplacement prend du temps.

Du coup, j’enfourche ma moto, je règle mon GPS sur Nîmes car je dois aller chez KTM chercher des pièces et de l’équipement et en route. De nouveau en selle, après l’accident. Etre assis me fait mal, il vaut mieux rouler debout.

Bon, on est vendredi 28 juin, c’est la canicule en France et notamment dans la région de Nîmes, comme par hasard. Vu que je n’ai plus d’équipement, je roule juste en sweat à capuche et pantalon, mais je crève de chaud ! Un panneau à une station service en route indiquera 47° !

Sur autoroute, je suis obligé de rouler à 80kmh et faire des pauses régulières car…mes pneus fondent ! Oui oui, mes pneus fondent ! Je suis désolé Bridgestone, mais vos pneus enduro c’est de la merde pour une épreuve comme la Gibraltar Race, c’est dangereux ! Je me retrouve donc à pisser sur mes pneus pour les refroidir à chaque arrêt. Oui, je pisse beaucoup vu que je bois 9L d’eau par cette canicule…

Entre Arles et Nîmes, je remonte des kilomètres de bouchon sur l’autoroute, c’est bizarre. Au loin, je vois pas mal de fumée. Lorsque j’arrive en tête de bouchon, on m’explique que l’autoroute est fermée à cause des incendies avoisinants ! La fumée empêche de voir, et les Canadair vont arriver pour envoyer de l’eau. L’agent présent m’autorisera malgré tout à passer, et en effet, quelques mètres plus loin, je serai dans une fumée aussi épaisse que la crème double de la Gruyère, mais hélas le goût en moins. Je fais cette comparaison parce que c’est le truc auquel j’ai pensé à ce moment-là, et j’en ai eu l’eau à la bouche…

Et puis enfin, j’arrive chez KTM. Je récupère ma commande (de quoi faire ma vidange, et d’autres petits trucs commandés en cours de route) et je profite qu’il y ait un Dafy Moto à côté pour racheter du matos. Mon passage à Nimes me permet aussi, coup de chance, de voir un physio / kiné, qui durant près d’une heure me remettra mon dos et mon cou d’aplomb ! Merci à toi Jérôme ! Il m’explique que les douleurs musculaires sont dues au choc, les muscles se contractent pour protéger la colonne, et mettent du temps à revenir à leur état initial, c’est une contracture ou un truc comme ça.

Merci à Dafy+KTM Nîmes !

Et puis il est temps de rentrer à Arles, le bivouac du soir. Je dois faire pleins de détour car l’autoroute est maintenant totalement fermée, on ne me laisse plus passer.

Je retrouverai l’équipe romande ce soir. Suite à mon accident, je suis surclasseé en hébergement et repas (qu’est-ce qu’on ferait pas pour avoir une chambre et une assiette ! ), et donc ce soir, j’en profite pour fêter les deux ans de mon lymphome ! Toutes les occasions sont bonnes pour boire des bières !

Je me sens pas trop mal, à peu près en forme. Demain, gros service sur ma moto, et je serai prêt pour la deuxième partie de la course ! C’est pas un petit accident qui va m’arrêter non ?

Par contre, le soir, je ne trouve pas Laura. Je la retrouverai que le lendemain, car elle a eu une très très longue journée et est arrivée à minuit passé !

Jour 11 : Arles (FR), jour de repos

J’avais prévu une vidange moteur, et j’ai pris les filtres chez KTM hier. J’ai juste oublié de prendre…de l’huile ! Donc j’y retourne ! 😀

De retour sur Arles, je me mets au boulot, seul sur ma moto. A côté de moi, Laura doit aussi s’occuper de sa moto, mais elle est maligne : elle utilise le fait d’être une fille pour sous-traiter le boulot, et le pire, c’est que ça marche ! Alors que je suis tout seul pour bosser, il y a jusqu’à 6 personnes sur la moto de Laura ! S’ils savaient…

Je finis de bosser sur Rally en milieu d’après-midi. Par chance, la chute en Italie n’a pas fait trop de mal à la moto : les réservoirs d’essence ont joué le rôle de crashbar mais sont toujours entiers bien que rayés, mon support de phares est tordu, mais c’est tout ! En fait, Rally, lors de sa glissage, a été arrêtée par le seul arbre qui était dans le virage, coup de chance (va falloir que je paye plus mon ange gardien, il fait du bon boulot) ! L’orga m’a dit qu’un mètre d’un côté ou de l’autre et je pouvais dire adieu à ma moto, qui n’aurait pas pu être secourue. Je suis aussi vraiment content de l’avoir équipée avec un kit rallye qui a complètement protégé l’ensemble, merci Jon pour ce kit690 !

Fin du boulot, il est temps d’apprécier ce jour de repos, direction la piscine !

Bon, après ces deux jours de repos pour moi, il est temps d’aller se coucher, car demain, on reprend pour la 2ème partie ! Des nouveaux participants sont arrivés, et d’autres sont partis, dont Nicolas, qui ne font que la moitié de l’épreuve (Gibraltar Express).

Jour 12 : Arles (FR) – Carcassonne, 450km

Je commence la route seul. Comme j’ai raté un jour de course, j’ai dégringolé au classement et je pars dans les derniers. Sont derrières moi ceux qui viennent d’arriver et qui ont donc le maximum de pénalité.

Il fait beau, il fait chaud, et du coup, j’apprécie ma nouvelle tenue bien plus aérée et légère que mon ancienne. Pincement au coeur tout de même, car ma veste Klim qui a été découpée est celle avec laquelle j’ai traversé l’Afrique. Mais bon, elle m’aura au moins sauvé ici…

Au départ de la première spéciale, je retrouve Laura, accompagné de Stephen, et on commence l’épreuve ensembles. Je me sens bien, malgré les douleurs, je suis vraiment au taquet pour la navigation, et je suis à l’aise sur Rally. Je sens que j’ai pas mal progressé en tout-terrain.

Le terrain du jour est plutôt très sec et caillouteux, et lors d’une grosse montée, je devrais m’arrêter car Laura devant moi a du s’arrêter. En repartant, je fume mon embrayage. Laura ne repartira pas elle, faudra la pousser. La spéciale continue, puis on perd Stephen, et peu de temps après je perdrai Laura : dans une énorme montée, et longue, je ne peux pas m’arrêter à cause de mon embrayage que je viens de cramer, sinon je ne repars pas. Arrivé en haut, j’attends, mais Laura n’arrivera pas. Il y a eu pas mal de croisements, je pense qu’elle n’a pas pris le bon. Je continue seul.

On est en forme aujourd’hui !

Arrive la liaison, assez longue. Je suis assez fatigué, donc je m’arrête au bord de la route. Finalement, au bout d’un moment, Laura me rejoint : elle s’est en effet perdu ! Elle est fatiguée elle aussi, donc on décide de reprendre la route mais de faire une pause café dans le prochain village. Sauf qu’on est dimanche, alors trouver un café ouvert dans un petit village au fin fond de la France, c’est un peu comme trouver un fonctionnaire qui travaille : c’est pas impossible, mais c’est pas simple !

On fini par trouver ce qu’on cherche. Tellement il n’y a rien d’autre d’ouvert, le camion de l’orga qui fait voiture-balai et ramasse les motos en panne nous rejoint pour une pizza et un café. Il nous apprend que la spéciale 4 est pas simple, mais on est trop motivé aujourd’hui, donc on veut la faire !

On reprend la route, et on enchaîne, on fait tout, c’est la première fois que, l’un comme l’autre, on fera toutes les spéciales ! Laura a remarqué que mon pilotage a d’un coup progressé, et je guide durant les spéciales et sur route. Seul mon embrayage fatigué me retient aujourd’hui, c’est la galère dès que ça monte. Mention spéciale à la dernière spéciale où on arrivera tout en haut d’une falaise sur un fond de soleil couchant, soleil rasant au loin et la poussière de nos motos qui volent, une image magnifique !

Carcasonne

Ce soir, on arrivera tard à Carcassonne, vers 21.30h, bons derniers, mais on arrivera sous les applaudissements des autres participants à la cantine, ce qui nous réconforte et nous remotive : on doit être parmi les pires galériens, mais on est encore là ! Est-ce le fait de « jouer à domicile » qui m’a donné la motivation aujourd’hui, ou le fait de reprendre après mon accident ?

Bon, mais c’est pas fini pour moi, je dois changer mon embrayage. Je charge Laura de me trouver la pièce, et une fois que c’est fait, au boulot ! Aidé par un mécano (que Laura a convaincu de m’aider), petite soirée mécanique rapide. Et puis douche et dodo, demain, on est reparti. C’est pratique de faire équipe avec la seule fille du rallye, vu que tout le monde veut l’aider et qu’elle, elle veut m’aider, j’arrive à trouver ce qu’il me faut ! Pensées pour Karl, le suédois, qui a du faire 3 KTM en Allemagne pour trouver un embrayage, alors que moi, en sous-traitant le boulot, ça a mis moins de 30 min !

Rally ne fait pas dodo, non

Jour 13 : Carcasonne (FR) – Prullans (E), 410km

On se retrouve aux mêmes places dans le classement avec Laura, donc du coup, dès le matin, on commence à rouler ensemble.

La journée d’hier nous a mis en confiance, alors on enchaîne les spéciales et liaisons, on n’est certes pas dans les temps, mais on s’améliore !

Durant la journée, on croise toujours le même binôme, un couple de hollandais.

La Team Fond du classement

C’est leur 2ème participation en fait, mais l’an passé ils ont fait une Gibraltar Express. Elle n’est pas très rassurée, mais s’accroche, et comme nous, ils font souvent des pauses, donc on se dépasse et rattrape mutuellement.

Il y a vraiment deux courses : la tête du classement, et nous, le fond du classement, avec pour but prendre du plaisir, s’entraider et arriver au bout ! On prend le temps de manger un petit truc, de discuter avant de se remettre en selle.

Les spéciales dans les Pyrénées sont magnifiques, quoi qu’un peu fraîches. Le temps change vite, on passe de la chaleur à un temps presque orageux, mais sur des pistes grandioses…

La Team Galère !

Je sens enfin que je maîtrise ma moto, et je roule de plus en plus fort. Du coup, j’ai le temps de m’arrêter pour bosser la navigation en attendant Laura, et on se perd de moins en moins, on choisi les bonnes pistes tout en prenant de plus en plus de plaisir.

Aujourd’hui, on quitte la France pour entrer en Espagne. Malgré tout, la fatigue arrive toujours de plus en plus vite, ce qui nous oblige à faire des pauses sur chaque liaison. En fait, les spéciales sont captivantes, nous gardent éveillés et concentrés, mais quand arrivent les liaisons, notre corps veut se reposer suite aux moments intenses en offroad. Et donc, direction…la station essence la plus proche !

La pause RedBull

Bon, le problème quand on commence à aller de plus en plus vite, c’est que la moto est soumise a de plus en plus de chocs. Puis ce qui devait arriver, arriva : une crevaison sur ma moto !

J’ai des chambres à air renforcées car en Afrique, j’en étais super content, jamais une crevaison. Mais ici, pas de chance…bon, en fait, le gars qui m’a mis les pneus reconnaîtra qu’il a sous gonflé mes pneus pour avoir plus d’accroche, bien en dessous de ce que recommande KTM, et donc sur un choc, la valve de la chambre à air n’a pas aimé.

A plat

Forcément, la crevaison arrive au milieu de la dernière spéciale, la plus longue, et on n’a pas de réseau de téléphone. Pneu avant en plat, je continue donc de rouler à basse vitesse pour finir la spéciale et rejoindre la route afin d’appeler le camion-balai.

On utilise encore la botte magique Laura : on déclenche sa balise et non pas la mienne, et ça ne manque pas, quelques secondes plus tard l’orga l’appelle pour savoir ce qu’il y a. Avec ma balise, on aurait attendu plus longtemps. Le camion balai sera là dans une heure, donc je dois attendre, et Laura doit prendre la route seule pour rentrer.

Je profite de ce temps pour passer un coup de fil à Hyon et Nana, pour une fois que j’ai le temps. Durant ce moment, Laura, au bivouac, s’arrange pour me trouver une chambre à air et un pneu.

Lorsque le camion d’assistance arrive, on charge la moto et encore 1h de route. Dès que j’arrive, je mets Rally sur cale, et je sors la roue pour faire changer le pneu. L’opération aura été rapide vu que les pièces m’attendaient 😀

Changement de pneu dans la nuit

Suite à ça, je devrai démonter une nouvelle fois mes réservoirs car celui de gauche fuit : je dois le condamner et transférer ce qu’il reste d’essence. Je vais donc perdre 7.5L d’autonomie, et rouler avec une moto déséquilibrée.

Il est quasi minuit, je suis seul sur le parking dehors, il est temps d’aller dormir. En plus j’ai un maxi duplex pour moi tout seul 😀

Jour 14 : Prullans (ES) – Barbastro (ES), 450km

Aujourd’hui, une grosse journée nous attend ! Plus de 50% de tout-terrain aujourd’hui.

Du coup, on sait en partant qu’on ne fera pas toutes les spéciales, on a un peu moins de stress comme ça. Le classement, on a totalement laissé tomber, on essaye juste d’être proches pour pouvoir partir en même temps le matin et c’est tout.

Et le matin, c’est un peu toujours la même routine. On se croise au petit-dej, et on se donne rendez-vous dehors près des motos. On s’équipe, et direction la ligne de départ où l’orga nous remet notre GPS avec la feuille des temps pour la journée, et en route. Sur la 1ère liaison, c’est Laura qui ouvre, de façon à ce que je prépare mon GPS pour la journée, et ensuite une fois que c’est fait, je passe devant.

Aujourd’hui, on sera en mode balade, et donc, pour une fois, on prendra le temps de faire des pauses photos/vidéos. Ce qui est bête par contre, c’est que moi j’ai les photos/vidéos où on voit Laura, et c’est elle qui a les miennes, mais bon, tant pis.

Très présente sur les réseaux sociaux, Laura fera souvent des live-truc (je sais pas si c’est Facebook ou Instagram ou j’en sais rien, je connais rien là-dedans et ça ne m’intéresse pas), et des photos à poster en ligne. Le plus drôle la-dedans, c’est la mise en scène à faire : il faut qu’on mette sa moto à l’écart de la mienne pour faire comme si elle était seule, et donc il faut faire plusieurs séries de films et photos : ensembles pour nos souvenirs, et elle seule pour les réseaux sociaux. Si vous en doutiez encore, ce qu’on voit sur Facebook n’est donc pas la réalité…

Une journée « normale » sur la Gibraltar Race ! Pour une fois, pas trop de mésaventures…

Jour 15 : Barastro (ES) – Miranda de Ebro (ES), 450km

L’étape du jour est juste géniale pour moi : des spéciales supers rapides, avec de belles glissades en fin de courbe, navigation pas trop dure. Laura peine à me suivre, mais comme on a dit qu’on roulait ensemble, dès qu’il y a un croisement, je m’arrête et je l’attends. Je prends énormément de bon temps sur ce genre de terrain, et les 60% de tout-terrain du jour se passent finalement hyper bien. On zappe tout de même la spéciale 4 car on n’est pas du tout en avance, mais on enchaîne les autres.

La première spéciale c’est en fait 100km de désert espagnol, avec une liaison de 5km au milieu pour faire de l’essence et on enchaîne encore avec du désert ! Qu’est-ce-que c’est bon ! Je suis sur mon terrain de prédilection !

Juste la dernière spéciale que j’ai pas aimée, car on a quitté le désert pour retrouver…de la forêt, et cette spéciale en plus ressemble à une épreuve d’enduro. Et la dernière descente, qui arrive par surprise, avec la sensation de dévaler un mur glissant…

En tout cas, on profite de cette journée, mais plus le temps avance, plus j’entends des bruits louches venant de mon moteur…Je réfléchis, et j’ai que deux idées en tête : les culbuteurs, changés avant de partir, ou le tendeur de chaîne, changé aussi avant de partir.

Bon, ma moto avait plus de 50000km à l’achat, donc en effet, un souci moteur n’est pas à exclure, même si c’est un moteur costaud. J’ai tout de même tenté de fiabiliser au max avant de partir, mais on n’est pas à l’abri.

Lorsque j’arrive au bivouac, Mark, un mécano d’une team d’assistance privée, vient me voir, écoute ce bruit et me dit que je dois arrêter de rouler : l’an dernier, un client à lui a cassé son moteur le lendemain car il a voulu continuer. Il faut réparer ou arrêter, mais il ne peut pas m’aider en tout cas.

Et le soir, après le repas, il est 21h, je descends au garage où j’ai mis ma moto. Plein d’espoir, je démonte mon tendeur de chaîne, je le réarme, je remonte le tout et je teste…et bah non, c’est pas ça, et merde…faut démonter les culbuteurs alors.

En effet, ces derniers commencent déjà à prendre du jeu ! En même pas 10000km ! Bon, le jeu est acceptable, par contre mon jeu aux soupapes est pourri. Par chance (Merci mon Ange Gardien, encore), j’ai 4 pastilles avec moi et elles sont à peu près bonnes ! KTM recommande un jeu entre 0.07mm et 0.13mm, j’en aurai 0.15 à 0.17mm, ça ira, vaut mieux ça plutôt que ça n’ouvre pas du tout.

Il est plus de 3h du mat quand je finis, au lit maintenant.

Certains abandonnent pour un petit souci moteur, moi je me remonte les manches, j’ouvre tout ça, je répare et je suis prêt à partir de nouveau ! On va pas abandonner si près du but !

Papa, maman, je passe à la TV !

Jour 16 : Miranda de Ebro (ES) – Zamora (ES), 500km

Lors de mon départ, lorsque je sors la moto du parking, les mécanos des assistances (Mark – UK – et Bertt – NL – ) s’approchent de moi et me demandent ce que j’ai fait sur ma moto, parce qu’hier, ils pensaient que c’était fini pour moi vu le bruit…Je leur dit que jusqu’à 3h j’étais encore en bas pour réparer, ils me prennent un peu pour un fou, mais me félicitent. Mark m’avoue qu’il aurait bien voulu m’aider mais qu’il avait la flemme, car il a eu du boulot sur les motos de ses clients. Je le comprends car je ne suis pas son client en fait, donc il ne me doit rien, et je ne lui en veux pas. Chaque fois que j’ai besoin d’un outil en particulier, une béquille d’atelier ou autre, il me prête sans souci…

On nous avait prévenus : attention sur la première spéciale, il y a une descente énorme ! Bon, vu ce qu’on a eu la veille, rien ne nous fait peur.

Toujours devant, je guide Laura et le couple d’hollandais aujourd’hui. Dans une petite descente pas trop méchante, je baisse le nez pour regarder mon GPS, et je me rends compte qu’il faut faire une épingle à cheveux à droite, je lance mon virage mais je chute lourdement à cause des ornières. Je chute sur mon bras droit, j’ai une très vive douleur, mais je me dépêche de relever ma moto car les autres arrivent derrière moi. Et ça ne manque pas, ils chutent aussi.

Une fois toutes les motos debout, on repart, mais j’ai vraiment mal. Je m’arrête, je quitte mon équipement pour voir mon avant-bras : un bleu commence, mais bon, ma main droite peut bouger donc rien de cassé. Je prends des antidouleurs et on reprend la route, à la recherche des équipes médicales si jamais ils n’ont pas un truc plus fort.

On roulera toute la journée sans voir les médics, alors que d’hab on les croise tout le temps. J’ai vraiment mal, je serre les dents, et dès que je peux, je mets le bras ne l’air, ça fait du bien…mais le bras droit on en a besoin à moto donc j’arrive pas à avoir un peu de répit.

Bon, en fait, j’apprendrai quelques semaines plus tard, une fois rentré en Suisse, que je m’étais cassé un os de l’avant-bras, le cubitus (oui, comme le chien, c’est mignon comme nom, non ?). Par chance (oui, encore, merci Ange Gardien), je me suis cassé l’os dans le sens de la longueur et non pas en perpendiculaire, c’est pour ça que je pouvais bouger mais que ça me faisait mal. Idéalement, pour une réparation correcte de l’os, il aurait fallu immobiliser mon avant-bras depuis le coude jusqu’au poignet. Mais bon, je savais pas que c’était cassé donc j’ai pas pu faire faire de plâtre. Du coup, maintenant, il me restera des petites séquelles mais rien de méchant.

Les spéciales sont belles, comme je les aime, j’arrive pas à me retenir de rouler fort, et j’ai tellement mal que j’en pleure dans mon casque, mais je suis tiraillé aussi avec l’envie de me faire plaisir en tout-terrain. Ça peut paraître totalement débile, mais bon, si je suis encore là, c’est bien parce qu’il doit me manquer un grain.

Un jour sans aventure durant la Gibraltar Race c’est pas drôle…

Malgré la douleur, on continue !

Pas de chance aujourd’hui, il pleut, et on se tape même un énorme orage ! Un espagnol nous avait prévenus lors de notre pause : faites vite, ça va tomber et dur…bah on l’a bien vu et même vécu : on sera trempé ! La dernière spéciale très roulante sera devenue très glissante avec la boue, et pour la boue, y’a pas de miracle : on croise les doigts, on sert les fesses et on espère que ça passe !

A part mon avant-bras qui me fait souffrir, la journée est vraiment plaisante, des spéciales comme j’aime, mais c’est vrai que je dois vraiment serrer les dents quand même.

Le soir, j’aurai pour réconfort de dormir au Marriott, sans avoir à partager ma chambre si ce n’est avec mon fidèle compagnon : doudou-chat

Doudou-chat a même un lit pour lui

Jour 17 : Zamora (ES) – Ourense (ES), 450km

Aujourd’hui, je pars tard. En fait, je pars à mon heure, mais j’attends Laura qui a un souci sur sa moto : elle a reçu son embrayage, et il faut le changer. Mais tout le monde s’affaire autour de sa moto, ce qui déconcentre Mark (qui s’occupe de la moto) et il doit démonter et remonter plusieurs fois l’embrayage car il oublie des ressorts ou autre vis…

Mark au travail

Et puis on finit par prendre la route. C’est un peu le dernier vrai jour de course aujourd’hui, car demain, ça sera la « route » vers Finisterre et même si on aura des spéciales ça sera une journée un peu spéciale et différente.

On traverse le Portugal aujourd’hui, et des paysages magnifiques au milieu d’éoliennes

un champ d’éoliennes

Comme à notre habitude, on commence par la spéciale 1, on zappe la 2 pour aller directement sur la 3, histoire de ne pas perdre trop de temps. Mais sur la spéciale 3…

Alors que je m’arrête pour vérifier mon GPS, Laura remonte à ma hauteur, je regarde sa moto, et là, je vois que son carter d’embrayage pisse de l’huile ! On s’arrête, on couche sa moto sur le flanc gauche pour trouver d’où vient la fuite : le filetage d’une vis banjo est foiré et un joint cuivre est marqué ! Les conséquences d’un travail sous stress ce matin…

On est un peu au milieu de rien là et on n’a pas grand chose pour réparer, donc je vais faire ça à l’ancienne l’africaine : pour le joint cuivre, je vais ajouter une épaisseur avec un morceau d’emballage d’un paquet de biscuit que j’ai, et pour le filetage mort, on va visser avec un peu d’aluminium extrait du même paquet de biscuit…

Bon, bah ça marche ! Mais hélas, pas assez longtemps, car un peu plus loin sur la spéciale, ça se remet à fuir : les vibrations de la moto finissent d’achever notre bricolage, on rajoute à ça de l’huile brûlante…on n’arrivera pas à sortir de la spéciale si on continue comme ça. Je dis à Laura qu’il faut arrêter, elle veut continuer, mais plus on roule, plus elle perd de l’huile, et un moteur sans huile, c’est un moteur serré.

On déclenche sa balise pour que le camion assistance récupère sa moto. Quelques minutes plus tard, les photographes déboulent à fond : ils ont vu l’alerte de Laura, ils ont accourus, ou plutôt amototus vu qu’ils sont à moto, pour voir si tout allait bien ! Décidément, elle a vraiment pas le même statut que les autres participants…

Il est autour de midi, le soleil tape, on n’a pas d’ombre, et du coup, on attend l’assistance. Je reprendrai la course une fois que l’orga nous aura rejoint. Mais avant de partir, Laura, déçue de ne pas pouvoir continuer ce jour me dit de « Rouler pour nous deux ».

Bon, bah elle aurait pas dû me dire ça, ou alors elle a bien fait, je sais pas.

J’ai perdu 1.30h au total aujourd’hui à l’attendre, je ne les rattraperai pas, mais je peux au moins m’éclater car je suis en solo et je n’ai plus personne à attendre du coup. Je fini cette 3ème spéciale comme je n’ai jamais roulé avant. Un célèbre chanteur aurait dit « rouler comme jamais ». J’enchaîne sur les suivantes en rattrapant d’autres participants. C’est plus ou moins le dernier jour, donc je veux vraiment me faire plaisir. Ce soir je change mes pneus donc je peux flinguer ceux que j’ai, on touche quasi à la fin de la course donc je n’a plus vraiment besoin d’économiser la moto…bref, je pose mon cerveau et j’ouvre la poignée des gaz, et malgré ma douleur au bras, je souris quand même…Il serait intéressant de faire étude scientifique sur la relation en l’angle de la poignée des gaz d’une moto et le niveau de réflexion dans le cerveau du pilote.

La fin d’après-midi approche, et je perds le signal GPS sur mon Garmin Montana : impossible d’aller à la dernière spéciale. Je regarde mon téléphone pour voir où se trouve le bivouac du soir : Ourense. Je vais donc suivre les panneaux routiers car mon GPS est HS, et j’ai 1.30h de route.

Arrivé au bivouac, les autres participants m’apprennent qu’eux aussi ils ont des soucis avec leur GPS, c’est donc dans cette zone que ça ne marche pas !

Changement de pneus, je reprends mes pneus avec lesquels je suis arrivé à Gdansk, ils sont un peu plus routiers que mes pneus enduro, et donc ils me ramèneront à la maison en Suisse. Et puis le dernier briefing, avec un petit brin de nostalgie

En contrôlant ma moto, je constate que j’ai bouffé énormément d’huile aujourd’hui, alors que durant toute la course, j’ai pas bouffé une seule goutte, là, ce soir, je rajoute quasi 1L (sur 1.7L…hem). Par chance, Markus, un autrichen en KTM 450 Rally a de l’huile à me passer, et me donne ses bidons.

Je fais l’appoint, je vois que la moto a bien morflée aujourd’hui mais tant pis, j’ai la flemme, faut encore que ça tienne demain, pis ensuite on verra comment on rentre à la maison..

Jour 18 : Ourense (ES) – Finisterre (ES), 300km

C’est le dernier jour, le vrai dernier jour de la course.

Départ précipité car pour une fois chaque concurrent par avec 30 secondes d’écart, au lieu d’une minute, et on n’a pas été prévenu. Donc c’est un peu le bordel, et évidemment Laura n’est pas prête donc je l’attends.

Tout comme hier, mon GPS est dans les choux, donc je navigue au hasard, et on perd pas mal de temps. On décide de ne pas faire la spéciale 2, et de se poser dans un petit café pour prendre un truc à manger et se réveiller un peu. On sera rejoint par Karl, qui voyant nos motos décide de faire lui aussi une pause.

On prend notre temps

Le reste de la journée se fera dans une ambiance particulière : entre la joie d’arriver, et la tristesse d’avoir fini. On a mis un certain temps à trouver notre rythme, notre place, et ça se termine.

Les spéciales sont faciles, vraiment faites pour profiter, et puis arrive la toute dernière. La consigne qui a été donnée hier c’était de ne pas rouler à plus 40km/h, et ça tombe bien de toute façon on n’allait pas beaucoup plus vite d’habitude. On voit au loin l’océan Atlantique, il faut beau, c’est joli. On profite pour faire des photos, et on est tout de même content d’arriver…

On y est ! Ou presque…

Et puis la dernière ligne droite, la ligne d’arrivée, explosion de joie car oui, on l’a vraiment fait ! On n’était pas fait pour cette course, on n’était pas préparé, mais on est là, alors que presque la moitié des participants n’ont pas pu aller au bout !

Je retrouve l’équipe des romands avec qui j’ai pas pu passer énormément de temps vu qu’on n’avait pas du tout le même rythme : Dominique, Miguel et David. Ils ont d’ailleurs fait un beau palmarès : Dominique remporte la première place en Vintage, David et Mig remportent la 2ème et 3ème place dans la catégorie 600cc-1000cc, avec Renato, un copain de Dominique, qui lui gagne la catégorie avec son scooter !

On nous remet à chacun un trophée et le diplôme du Chemin de Compostelle, car ici, à Finisterre, c’est le kilomètre zéro ! L’arrivée du bout du chemin. La tradition veut d’ailleurs qu’une fois ici, on brûle ses vêtements pour repartir sur de nouvelles bases.

Je ne brûlerai pas ma tenue que j’ai déjà dû changer il y a une semaine, mais le symbole de finir le Chemin de Compostelle est assez drôle et significatif tout de même : je suis là pour passer à autre chose face à la maladie, et le Chemin de Compostelle et sa symbolique vont dans ce sens !

Et le soir, un buffet sera organisé au restaurant du phare, ce qui nous donne l’occasion de profiter de la vue, et passer un dernier instant tous ensembles.

Ce soir, j’ai pas de plan, pas d’hôtel, rien. Du coup, Heine, le danois qui remporte le prix du fair-play, me propose une chambre dans l’appart qu’il a loué. Fair-play jusqu’au bout ! C’était soit ça, soit le camping sauvage.

Jour 19 : Finisterre (ES) – Toulouse (FR), 1050km

Avant de rentrer en Suisse, je veux passer par Toulouse pour voir une amie, Véronique, que j’ai pas vue depuis deux ans. Toulouse est un petit détour, je ferais mieux de passer par Bordeaux, mais autant profiter de l’occasion.

Il est 7.30h quand je me réveille, je suis en retard, la route va être longue.

Aller en route, j’ai l’air en forme…

Aujourd’hui il fait froid, couvert, je ne suis pas du tout équipé pour rouler : j’ai juste un sweat à capuche et un pantalon normal, mais j’ai plus que ça…Je croise l’orga, leurs camions sont en route pour rentrer en Italie, Claudio, que j’avais rencontré au tout début en Suisse quand l’idée de participer commençait à se faire, me salue, et toute la journée on se dépassera mutuellement. C’est rassurant de savoir qu’ils sont derrière moi, en cas de souci, ils pourront toujours m’aider. Oui car ma moto fait des bruits bizarre niveau moteur et bouffe pas mal d’huile…

Il fait vraiment très froid, le ciel est gris-noir, pourvu que ça ne pète pas ! J’apprendrai une fois à la maison qu’en fait, j’ai échappé de peu à des orages très violents dans le nord de l’Espagne, provoquant pas mal de dégât et même un mort sur la route ! A quelques heures près, j’étais dedans, sans équipement !

Je fais une pause toute les deux heures, encore, l’adrénaline du rallye étant retombée, je ne tiens plus. Lors de stop essence + bouffe, je croise Dominique et sa compagne, Laurence, Renato qui rentre lui aussi par la route…

Le scooter est plus dans son élément ici : la route

Et à la troisième fois où je croise Renato, il me fait remarquer que ma chaîne est très détendue : en effet, j’ai pas du tout contrôlé ! Je la retends, mais je vois que je suis déjà en bout de réglage…mince…va falloir que ça tienne, je suis pas loin de la France ! En France, ça sera plus simple d’avoir de l’assistance au moins…

Les kilomètres passent, je me rapproche de la frontière…et puis crac ! La chaîne a cassé ! En fait, pour de vrai, ça a pas fait crac, juste d’un coup mon moteur s’est emballé mais ça n’accélérait plus. Gros coup de frein, et je me mets sur la bande d’arrêt d’urgence de l’autoroute : je constate que je n’ai plus de chaîne. Je marche un peu le long de l’autoroute (oui, je sais, c’est prudent…) et je retrouve ma chaîne, ouverte. Par chance (oui, encore…), il n’y a quasi pas de circulation donc je peux la récupérer sans souci, et je retourne vers Rally.

Verdict : un maillon a cassé ! Pas de souci, j’ai un maillon rapide avec moi par chance (je sais même pas pourquoi j’ai ça avec moi, mais je l’ai…). Le souci c’est, par contre, d’extraire le maillon cassé pour pouvoir mettre celui de réparation. Evidemment je n’ai ni disqueuse ni perceuse sur moi.

Un camion arrive, je lui fais signe, il s’arrête. Les routiers ont souvent de l’équipement avec eux car ils assurent quelques petites réparation sur leur camion. Il est polonais, ne parle pas un mot d’anglais ou de français, et mon polonais à moi se limite à « piwo » (bière). Mais il me comprend tout de même (non, il ne m’a pas offert de bière) et a avec lui…une perceuse et une meuleuse portables ! Je coupe et enlève le maillon qui m’embête, remets la chaîne en place avec le maillon rapide et c’est bon, ça roule ! On m’a toujours dit qu’un maillon rapide ça va pour les motos de petites cylindrées (moins de 500cc), mais là, j’ai que ça et ça me permettra d’avancer, j’espère. Le truc que j’ai pris à la maison dans les pièces de mon DRZ400, comme ça, sans trop y croire, sans vérifier que ça irait sur ma KTM

Ma route vers Toulouse reprend, j’arriverai vers 21h. La soirée avec Véronique sera courte, mais ça fait plaisir de passer la voir, surtout que la dernière fois qu’on s’est vu, en Suisse, j’avais pas de cheveux, j’étais en plein traitement et j’ai été hospitalisé d’urgence pour septicémie, donc bon, pas au top de ma forme quoi.

Je viens de taper plus de 1000km d’autoroute sur Rally, ma KTM 690, et je dois dire que…c’est super long et j’ai mal au cul ! Encore plus de 12h en selle aujourd’hui…

Jour 20 : Toulouse (FR) – Suisse, 800km

La dernière ligne droite. Je vérifie ma chaîne, je peux pas tendre plus, je peux juste nettoyer et graisser, je vérifie l’huile, j’en bouffe pas mal, et le moteur fait énormément de bruit…bref, une journée normale pour qui roule en KTM 690 ! 😀

Il fait de plus en plus chaud, depuis que j’ai passé la frontière française, les températures deviennent maintenant insupportable mais côté chaud !

Aujourd’hui, 800km, de l’autoroute encore, avec pour but d’arriver en Suisse pour 18h : je veux aller à la crèche pour récupérer Nana ! Tant de temps sans la voir, c’est ça le plus dur dans cette course en fait ! Je peux avoir des accidents, me casser tous les os, casser ma moto, tout ça c’est rien, le plus dur, c’est de ne pas voir ma fille !

Initialement mon GPS me dit que je devrai arriver à 16.00h, et plus la journée passe, plus l’heure recule…entre les pauses repos car je somnole, les pauses essences, les pauses pipi, pauses bouffe…je ne prends aucun risque, dès que j’ai un coup de fatigue je m’arrête. Et puis Rally est fatiguée aussi, je n’ose pas dépasser les 110 km/h.

Et puis la frontière Suisse, ce sentiment d’arriver à la maison. Et puis Lausanne, je me rapproche. Je quitte l’autoroute, je prends la route cantonale, et je me sens chez moi, je me rapproche de la crèche, et j’y arrive.

Après presque trois semaines de séparation, Nana court dans mes bras, mission accomplie de bout en bout ! Je suis heureux, j’ai réussi !

Nana ne comprend pas forcément ce que je viens de faire durant ces quelques semaines, elle ne sera ni fière ni impressionnée par ce qu’a fait son papa, mais je serai content de lui raconter quand elle sera plus grande, quand elle aussi aura sa moto (à 4 ans et demi elle a dit…).

Je retrouve Hyon qui arrive un peu plus tard, on rentre à la maison, en famille, pour profiter. Savourer l’instant en famille, il est là le vrai bonheur, simple et gratuit !

Je pose ma moto, Rally, celle qui aura été mon compagnon depuis des semaines, et même des mois car il a fallu la préparer. Et depuis, je ne l’ai toujours pas touchée, pas réparée, rien, toujours dans son jus. L’hiver prochain peut-être…

Home sweet home !

Ce fut une belle expérience, je peux maintenant passer à autre chose. Adieu la maladie, adieu le cancer, adieu mon lymphome…

Le(s) bilan(s)

Oui, il faut toujours écrire une conclusion, un peu comme la morale à la fin de l’histoire, le moment où on met la musique un peu triste pour faire pleurer le lecteur, c’est bon pour l’audimat (enfin le lectorimat plutôt ici. Comment ? On dit lectorat ? Oui mais c’est moins mignon comme mot…)

La moto, Rally

Que dire sur la moto…Ce changement de dernière minute est en fait tombé à pic. En effet, les KTM 690 et Husqvarna 701 (la même moto mais en blanc…) étaient les plus présentes durant la course, et donc je n’ai pas eu de souci lorsqu’il a fallu trouver des pièces auprès des autres participants (disques d’embrayage, culbuteurs, pastilles, huile, etc).

Au delà de la Gibraltar Race, c’est aussi une bonne moto : excellente nulle part, mais bonne partout ! Quand il faut rouler à 130 kmh sur autoroute durant deux jours, ou filer sur piste en tout-terrain, elle sait tout faire et le fait pas trop mal. Y’a mieux, plus confortable, plus agile en tout-terrain, mais on aura forcément un désavantage ailleurs.

Etant donné mon gabarit de type scandinave à qui il manque au moins 50 cm (ainsi que la blondeur et les yeux bleus, mais ça ne change rien ça pour conduire une moto), une moto légère était un point primordial. La moto, ainsi équipée fait environ 155kg, on rajoute le poids des 27L d’essence on on arrive a un total de 175kg environ, soit le poids d’un américain moyen.

Avec tout ça, on arrive quasiment à 600km d’autonomie sur route, (450km en tout-terrain), avec une bonne protection contre les éléments et une moto crash-proof ! Ça c’est important quand le sol est loin de ses pieds.

Oui, la moto a souvent vu le sol de très (trop) près, dont mon accident en Italie. Un crash à 70 km/h, et rien de cassé ! Vraiment, le kit rallye a sauvé la moto : même pas de levier ou pédale cassés, rien ! Si vous cherchez un kit rallye pour votre 690/701, aller voir du côté de chez kit690/kit701, Jon Florea. C’est un grand voyageur (moto, 4×4, vélo, rando…) qui a sorti un produit excellent ! Et en plus, c’est un mec sympa…

Bref, une 690/701, pour moi c’était l’évolution de mon DRZ400 : 6 vitesses, injection, plus de puissance et tout ça pour le même poids de base.

Cette moto, Rally, rentre donc dans notre collection des véhicules de voyage. Un véhicule de plus, il va falloir pousser les murs maintenant…

Promis, je restaure cette moto à partir de cet hiver…ou au moins, je lui passe déjà un coup de karsher…J’ai envie de rouler en mode pépère / balade.

La course, Gibraltar Race

Bon, ok, c’était peut-être un peu too much. La marche était peut-être un peu haute. Mais bon, je l’ai fait non ?

Plus sérieusement, c’est une superbe course, qui, malgré les apparences, est accessibles aux novices qui ont tout de même un peu d’expérience. La navigation au GPS rend la chose plus abordable que la navigation roadbook car l’équipement de base est plus réduit. Mais c’est pas pour autant que la navigation elle-même est plus simple…

Il faut noter que l’organisateur de la Gibraltar Race est italien, donc… des fois, c’est un peu à l’arrache…Mais ils sont tous très sympa donc on oublie vite après…

Mais, pour ma part, je ne recommencerai pas ce genre d’épreuve : je ne suis pas pilote de course, mais voyageur. Des fois, et même souvent, c’était très frustrant de devoir toujours aller plus vite, et ne pas prendre le temps de profiter du paysage, des lieux, se poser faire un petit resto, ou autre. J’ai aimé le faire une fois, mais j’aimerai encore plus faire la même chose à un rythme promenade…

Si tu es voyageurs moto, passe ton chemin, ne fait pas la course parce que ça va pas correspondre à tes attentes…

Si tu aimes le challenge, aller vite, que la petite marmotte local ne t’intéresse pas, ni la spécialité culinaire ou bièresque, fonce, c’est fait pour toi !

Le bonhomme, Jmi

Je suis fier du chemin parcouru et de ce que j’ai accompli ! On peut être haut comme 3 pommes, sans aucune expérience, physiquement diminué par une maladie (et ses traitements), mais juste avec de la volonté, aller au bout !

Côté santé, je suis parti avec un doigt cassé et deux cotes fêlées, pour rentrer avec un bras cassé et une vertèbre fêlée. Ca va, ça aurait pu être pire.

Le pari est réussi : de mon lit d’hôpital il y a deux ans à l’arrivée à Finisterre, tant de chemins parcourus, dans tous les sens du terme ! Je suis assez têtu déterminé pour aller au bout des choses que je commence, et cette fois-ci, même si j’ai cru atteindre mes limites, je n’y étais toujours pas finalement. C’est un peu l’inconvénient de la maladie : ce sentiment d’invincibilité parce qu’on a traversé le pire.

Qu’importe ce que disent les médecins, ce que racontent mes examens de santé, et autres scanners ou prise de sang, je ne suis pas en rémission, pour moi, je suis guéri !

Ça a été vraiment une épreuve incroyable, un beau challenge personnel, un truc totalement dingue ! La plus grande morale à retenir de tout ça c’est qu’on peut tout faire, il n’y a pas de limite, si ce n’est celle qu’on s’impose.

Et si on arrêtait de dramatiser quand on entend le mot « cancer » ? Finalement, ce n’est qu’une maladie, avec, pour beaucoup de cas, des traitements en face. Pas toujours très drôle, certes, mais ce n’est qu’une question de temps, de patience…Et comme toute expérience, il faut en retenir le positif, car oui, on peut y trouver du positif malgré tout. J’ai voulu partager cette aventure pour justement montrer ça : ce n’est pas nécessairement une fatalité, mais plutôt un point de départ pour se dépasser. Je sais, il y a des cas plus ou moins grave qui existent, des gens qui ne pensent pas pareil, mais soyez positif et rien que ça, déjà, ça aidera…

Bon, et la question qu’on se pose forcément une fois que tout est terminé : et après ? C’est quoi la prochaine aventure ?

A bientôt !

7 thoughts on “Gibraltar Race : ne jamais abandonner, pt 2

    1. On ne sait pas encore ce que sera la prochaine…mais il faudra bien faire un truc un jour 😀 Mais pas un marathon en tout cas…

  1. Rhooooo la vache cette claque que je me suis prise en lisant ton aventure !!
    Bravo à toi mais aussi à Hyon et à Nana qui te soutiennent !
    Quel chemin parcouru, un bel exemple de patience et de determination !
    Merci de nous partager tout ça !
    ❤️

    1. Bah, tu nous connais, c’est un peu dur de rester le cul dans une chaise sans avoir de projet…faut bien se bouger un peu 😀

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