Gibraltar Race : repousser ses limites, pt. 1

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Ça va faire 3 semaines que je suis rentré, même si j’ai pas encore complètement récupéré, il est temps de partager cette aventure…

Avant de partir…

On va pas revenir sur le pourquoi de cette participation, on l’a déjà dit dans l’article ici : #42. Certains trouveront ça totalement débile, mais pour moi c’était important.

Je n’ai jamais fait de rallye moto avant ça. On me dira « oui, mais ça va, tu es toujours sur une moto, tu as traversé l’Afrique à moto, tu gères… ». Et bien non. Voyager et faire la course, c’est deux choses totalement différentes. Mais pour bien me préparer, j’avais prévu de faire une rééducation physique, bah oui, car passer 12h par jour à moto, ça ne s’improvise pas, surtout après les chimio…

Ça, c’était la théorie. En pratique, j’ai pas du tout eu le temps de faire le moindre sport avant de partir, et depuis 2 ans en fait, car il fallait que je (commence et) termine la moto qui m’emmènera. S’ajoute à ça d’autres projets chronophage (Saint-Nec’Terre d’Aventure) et des projets perso, sans parler du boulot (ah ça non, ça va, ça me prend pas trop de temps en dehors des heures de bureau…). Bref, le super planning est tombé à l’eau et s’est résumé à un seul objectif : être à l’heure pour partir !

Direction Gdansk

Jour 1 : Maison – Leipzig, 791km

Et puis la date fatidique du départ approche, mercredi 19 juin. La moto est prête, j’ai reçu les dernières pièces la veille, mes sacs, enfin mon sac est bouclé et mes parents sont venus en Suisse pour me dire au revoir.

Il est 10h lorsque je prends la route, mais faux-départ, j’ai oublié celui qui sera mon compagnon de route durant ces 3 semaines : Doudou-chat. Donc demi-tour pour aller le chercher.

Mon compagnon de voyage

Oui, je pars avec un doudou, mais pas n’importe quel doudou, c’est celui que me prête Nana pour le voyage, pour pas que je sois tout seul. Oui, je sais, je pars avec un seul caleçon de rechange pour 3 semaines pour économiser de la place, mais je prends avec moi un doudou. Certains trouveront ça aussi débile, mais pour moi c’est aussi important.

Je roule jusqu’à la frontière Suisse-Allemagne, à Bâle, un peu plus de 2h, et j’arrive donc après midi, l’heure de faire une pause, de l’essence et de manger un morceaux. Je ne le sais pas encore, mais les stations services seront ma maison pour les prochaines semaines. Je n’ai pas roulé aussi longtemps depuis très longtemps et je découvre la moto. Mes fesses aussi découvrent la moto, et me le font savoir d’ailleurs.

Pause à la frontière

Je roulerai tout l’après-midi par session de 2h à 2.30h, la fatigue m’obligeant à m’arrêter. Enfin, soit la fatigue, soit le mal de fesses ou soit le pollen. Car oui, je suis extrêmement allergique au pollen, et je peine à ouvrir les yeux, ce qui est un peu gênant quand il faut conduire.

Encore plus bridé que d’habitude

En roulant, je me rends compte que le doigt que je me suis tapé hier me fait vraiment très mal : je ne peux pas le plier. C’est l’index de la main gauche, donc c’est embêtant pour l’embrayage, j’essaye de m’en passer. J’apprendrai par la suite qu’en fait, la dernière phalange de mon index était cassée. Chuuuut, faut rien dire à ma maman ou je vais encore me faire gronder.

Le soir, je cherche un hôtel où dormir, mais le premier que je visite n’existe plus. J’en trouve un autre plus loin, je me pose, douche et dodo. J’ai fait presque 800km, il a fait très chaud, et je suis déjà fatigué, mais ce n’est que le début. En fait, la course n’a même pas commencé. J’ai signé pour en baver, je sens que je vais être servi.

Jour 2 : Leipzig (DE) – Gdansk (PL), 752km

Un peu comme la veille : roulage et pause toutes les 2h ou un peu plus. La grande différence c’est qu’hier il faisait très beau et très chaud, aujourd’hui il pleut.

J’arrive à Gdansk en fin d’après-midi, vers les 20h, où je retrouve David, un collègue suisse avec qui je partage une chambre ce soir. Lui est arrivé en avion et sa moto en camion, il a donc eu le temps durant l’après-midi de faire tous les checks techniques et administratifs. Moi j’ai la flemme là, donc j’opte plutôt pour une douche, on va manger et au lit. Je me lèverai plus tôt le lendemain pour faire tout ça.

Ces deux jours de roulage auront été une introduction aux deux semaines qui vont suivre. J’ai appris à connaitre un peu la moto, car je n’ai quasi pas roulé avant de partir, et surtout, mes fesses et la selle ont largement fait connaissance : j’ai quasi plus mal ! Ouf !

Gibraltar Race

Jour 3 : Gdansk, prologue

Vendredi 21 juin, c’est l’été. C’est aussi la Fête de la Musique. Mais c’est surtout le début officiel de la Gibraltar Race.

Debout et prêt à 8h pour les vérifications techniques et administratives. Je fais la rencontre de Nicolas, un anglais qui vit aux USA, il est juste devant moi dans la file d’attente. Lors de ma visite technique, mon klaxon ne marche pas, je dois donc le réparer. Il a pris l’eau la veille c’est pour ça. Souci vite réglé, on passe à la partie administrative. Check médical, OK, bon, le médecin a un peu tiqué quand il a vu ma fiche médicale très remplie, mais bon, mon médecin de famille m’avait fait un certificat d’aptitude donc ça passe.

Devant moi, Nicolas, avec qui on roulera plusieurs jours

La première difficulté arrivera au moment de récupérer mon tracker, la balise qui permettra de me localiser durant toute la course. En effet, il faut laisser une caution de 200€ pour ça, et évidemment, c’était indiqué nulle part, ni sur le site de l’orga, ni dans un e-mail qu’on aurait pu recevoir, mais on n’a reçu aucun e-mail de toute façon. Et comme on est en Pologne, pays qui n’utilise pas l’euro, bah…les distributeurs n’en donnent évidemment pas, contrairement à ce que nous soutient l’organisation.

Avec Nicolas, on prend donc la route direction le centre-ville, et on croise Miguel, un autre suisse qui vient d’arriver, il nous suit, car lui non plus n’a pas d’euros sur lui. Après plus de 2h de recherche et de tests sur différent bankomat, on se résoud à tirer des zlotis (monnaie locale) et les faire racheter à un bureau de change, donc on paye deux fois la conversion, mais on n’a pas le choix.

Retour au bivouac, qui est en fait un hôtel, on fini la partie administrative, et il est temps de changer les pneus des motos.

Par chance, j’ai l’habitude de ce genre d’opération, mais par contre, un bon nombre de personne ne savent pas enlever et remettre leurs roues tout seul, donc je perds pas mal de temps à filer des coups de main.

Je finis tout juste avant le briefing, et ensuite départ pour la cérémonie d’ouverture et le prologue.

La cérémonie se passe juste en face de la mer, sur une place piétonne. Chaque participant doit grimper sur scène avec sa moto, la planche ne nous paraît pas très large et l’espace pour le demi-tour restreint mais finalement ça se passera bien pour tout le monde, aucune chute. Là, on reçoit nos stickers de course avec nos numéros et le prologue va pouvoir commencer…

Sauf que cette année, pour des raisons d’organisation, on ne sera pas autorisé à rouler au milieu de cette place piétonne, donc le prologue sera un gymkhana en vélo ! Bon nombre de participants râlent, mais pour ma part, je suis plutôt content, je viens de passer 2 jours sur ma moto, et les 15 suivants ça va être pareil, donc une petite pause est la bienvenue.

Retour au bivouac en début de soirée, je me rends compte que mes chargeurs USB sur Rally sont morts : ça va être compliqué de charger mes appareils, surtout que le soir je suis en tente ! D’ailleurs, il faut que je monte ma tente pour ce soir…Et comme je n’ai pas l’option Repas non plus, j’irai manger dans un petit resto à côté. Hasard des choses, alors que je mange, arrivent 3 autres participants à la course qui me voient et s’installent à ma table. Il s’agit de l’ouvreur, un mécano italien et Laura, avec qui, je ne le sais pas encore, je roulerai une grande partie du rallye.

Aller, il est temps d’aller passer ma première nuit sous ma tente. En rentrant, je croiserai de nouveau Nicolas qui sera en galère de chambre, il doit rapatrier ses affaires depuis un hôtel vers le principal, je lui file un coup de main. C’est marrant, on est plus 80 participants, mais je tombe toujours sur les mêmes personnes.

Jour 4 : Gdansk (PL) – Gorzow (PL), 380km

C’est donc le premier vrai jour de course, avec 5 spéciales à faire.

Je découvre comment tout cela fonctionne : ça commence par une liaison routière, où il faut suivre la trace sur son GPS et ensuite on arrive à l’entrée de la spéciale.

Une spéciale, ou selective section comme ils appellent ça durant la course, c’est un ensemble de waypoints à rallier dans le bon ordre, dans le temps imparti, et en respectant le nombre de kilomètres annoncés. Si on rate un waypoint, on prend des pénalités, si on fini avant ou après le temps imparti, chaque seconde en plus ou en moins sont converties en pénalités, et si on ne fait pas le bon nombre de kilomètre c’est aussi pénalité. Tout cela est contrôlé par GPS et un logger GPS. Il faut donc savoir se servir de son GPS pour la navigation (car il faut trouver les bons chemins pour relier les waypoints) et savoir rouler en offroad en même temps.

Evidemment, je ne me suis jamais exercé au GPS en offroad, donc la première spéciale sera un entraînement. Elle est courte, 15 min pour une dizaine de kilomètres. Je mettrai 17 min pour terminer, c’est pas mal pour une première, mais je constate que je ne suis pas du tout au point pour la navigation. Puis, arrive la 2ème spéciale, et là, c’est la catastrophe : je la termine en 1.30h au lieu d’une heure. Les forêts polonaises regorgent de patchs de sable où je perds pas mal de temps, où je chute et en plus je me perds niveau navigation.

Je sors de la spéciale totalement rincé, ma plaque de protection moteur traîne par terre, tellement elle a tapé, j’ai cassé les fixations. Par chance, une 4×4 accompagnateur passe par là et me propose de porter ma plaque jusqu’au bivouac.

J’ai perdu pas mal de temps donc je sauterai les spéciales 3 et 4. Stratégiquement, il vaut mieux aller directement à la spéciale 5, qui est elle aussi très longue.

En route, je croise Karl, un suédois, qui campe lui aussi (on est que 4 à camper…), et je retrouve Nicolas l’anglais. Laura nous croisera en route et nous suivra. A l’entrée de la spéciale, elle choisira de rentrer directement au bivouac. On commence la dernière spéciale.

Ça se passe mieux car on roule en groupe, la navigation est donc facilitée, mais au détour d’un virage un peu trop rapide, on se perd et je continue en solo. Plusieurs chutes dans des ornières, je me trompe de chemin, jusqu’à arriver à un chemin impossible : un arbre couché que je dois contourner et je me retrouve bloqué au milieu de la forêt, en montée, sans possibilité de faire marche arrière ou demi-tour…

Dans ces cas-là, on n’a qu’une seule solution : il faut coucher la moto sur un côté, et tirer la roue avant pour se remettre dans le sens de la descente. Alors au travail, on quitte le casque, la veste car il fait chaud et je tire comme je peux. Je suis content d’avoir une moto légère et non pas une énorme BMW1200GS, mais malgré ça, c’est quand même lourd.

Il me faudra une bonne trentaine de minutes pour m’en sortir et reprendre la spéciale. Je suis totalement hors délai, mais le but c’est de sortir et faire la liaison jusqu’au bivouac.

Alors que je pense être largement le dernier et qu’il n’y a plus personne derrière moi, je croise une moto, au loin, parquée. En fait, c’est pas un concurrent, mais c’est le photographe du rallye. Ouf, je sais au moins que je ne suis pas tout seul…Aller, un beau sourire pour la photo !

Ca se voit pas, mais 10 min avant on était en énorme galère…

Fin de la spéciale, je suis pas mécontent, mais la trace pour la liaison m’indique encore 85km avant le bivouac. Aller, c’est parti…

85km plus tard, j’arrive à Gorzow. Le bivouac est un hôtel, impossible de planter ma tente dans le bitume du parking, on me donnera donc une chambre. Comme je n’ai pas l’option restauration, je ferai un tour, à pied, en ville pour chercher un truc à manger, une pizza. Puis de retour à l’hôtel, je dois encore réparer ma moto, à la frontale de nuit bien sûr, et enfin au dodo.

Il est plus de 23h lorsque dans la chambre arrive un finlandais totalement perché qui a passé une journée très compliquée. Comme moi il est censé camper et n’a pas d’option bouffe sauf que vu l’heure il ne trouve rien à manger. Sa moto a énormément de souci (Africa Twin 750) mais il n’a ni les pièces ni les compétences pour réparer. Il prendra malgré tout le départ le lendemain, mais abandonnera durant la journée.

Jour 5 : Gorzow (PL) – Liberec (CZ), 411km

Je débute la journée avec Laura. On ne se connait pas encore, mais elle a des difficultés pour lire son GPS sur les liaisons, donc elle me suit. On arrive sur la première spéciale, et l’un comme l’autre, on n’est pas du tout au point avec nos GPS, mais au moins, à deux, on s’en sort un peu mieux. Bon, Laura est italienne, donc quand elle a tort, elle a quand même raison, mais elle me suit quand même.

Comme la veille, la forêt polonaise cache bien son jeu : il y a du sable partout ! Sur un chemin sablonneux, j’applique les astuces que d’autres motards m’ont donné hier : à fond, à fond, à fond (et fais une prière pour que ça passe). Et en effet, ça marche ! Amortisseur de direction réglé au plus fort, en 3ème et poignée dans l’angle, la moto se balade dans tous les sens mais ça passe ! Le secret en fait c’est ça : la moto elle fait n’importe quoi, elle ne va pas droit, mais c’est pas grave, globalement ça va dans la bonne direction et c’est ça qui compte !

Par contre, ça ne passe pas pour Laura et sa Royal Enfield Himalayan. La moto se montre peu puissante et Laura a peur, donc je la perdrai à ce moment-là. Quand je m’en rends compte, je fais demi-tour, si jamais elle a chuté ou autre, mais je ne la trouve pas. En fait, j’apprendrai le soir qu’elle a fait une sortie de piste et elle était dans la forêt, à quelques mètres de la piste, donc je ne pouvais pas la voir.

Je finis cette première spéciale seul, avec un bon temps, et sur la fin, je rattrape même d’autres participants dont Nicolas avec qui je continuerai sur les spéciales suivantes.

Fin de spéciale avec Nicolas

A l’entrée de la 5ème spéciale, mon voyant d’essence s’allume. Il n’y a rien pour faire le plein, tant pis, on y va quand même. Nicolas a de l’essence, au pire, on transférera.

Finalement, pas de panne d’essence ! Et on a été plutôt efficace sur cette spéciale, on rattrape encore d’autres participants. Sur la liaison, je vois une station d’essence, je tourne pour faire le plein mais Nicolas ne me voit pas, et mon klaxon ne marche pas, nos chemins se séparent donc ici.

Comme je suis fatigué, je me prends une bonne pause à la station essence. Les stations essences sont vraiment un refuge en journée : faire le plein d’eau (car avec la chaleur je bois plus de 6L par jour), acheter des barres protéinés, de la RedBull…

Je reprends la route direction la dernière spéciale. Mais je somnole sur ma moto, donc à l’entrée de cette dernière étape, je préfère la sauter et rentrer au bivouac. Il y a une très longue liaison de plus de 120km donc encore pas mal de route à faire.

La liaison se compose d’autoroute, puis ensuite petite route pour entrer en République Tchèque.

Rally était encore propre et entière…

J’arrive au bivouac du soir, pas trop tard aujourd’hui, mais…une fois de plus, je ne peux pas poser ma tente ! On me donne donc une chambre à partager, avec le finlandais de la veille, mais qui n’arrivera jamais.

Je retrouve Laura qui m’explique pourquoi on s’est perdu ce matin, Nicolas lui arrivera tard car dans la dernière spéciale, il s’est planté dans une montée sablonneuse et il y est resté 1.30h pour sortir…Je suis content d’avoir zappé cette étape !

Alors que les autres participants mangent, moi, je fais ma mécanique. Je regarde avec envie les personnes qui ont pris une assistance rallye : le soir, ils déposent leur moto et l’assistance s’occupe de tout. Moi, je dois me galérer avec ma petite frontale et mes petites mains. Mais je suis venu pour en baver, donc bon…c’est pas des vacances !

Une équipe d’assistance

Jour 6 : Liberec (CZ) – Passau (DE), 445km

Côté classement, je suis plutôt sur la fin, c’est-à-dire entre 45 et 50ème. Mais c’est une bonne chose, ça me laisse plus de temps pour dormir le matin ! En fait, en journée, je ne collecte pas des pénalités, mais des points bonus pour dormir !

Et comme je n’ai pas de petit-déjeuner avec l’hôtel, mon seul repas de la journée consiste en…

Mon petit-dej…

…de l’eau, une barre de céréale petit-déjeuner, une barre de céréale pour le sport et une barre de céréale aux protéines. Voilà mon régime. Bon, en journée je complète avec d’autres barres de céréale et du Biltong, petit souvenir d’Afrique du Sud…

Miguel, un collègue suisse, a eu des soucis électronique sur sa KTM 790 Adventure R. Il a pu appelé un copain garagiste en Suisse qui lui indique la manip’ à faire, et juste avant de partir, sous un soleil de plomb, il se met au travail.

Miguel et sa 790 Adv R

Je croise Laura qui partira un peu après moi. Elle me rattrapera juste avant l’entrée sur la première spéciale, mais nos timings étant légèrement différent, elle arrive quand je dois partir. Le départ se fait sur un ancien aérodrome désaffecté , ce qui donne un petit côté flippant !

Le début de la spéciale se passe pas trop mal, je commence à mieux maîtriser la moto et à mieux me débrouiller pour la navigation. Et puis d’un coup, quand tout se passe bien, c’est là que ça part toujours en cacahuète.

Encore une fois, c’est le choix d’une mauvaise piste qui fait tout capoter…Je me retrouve dans une montée sablonneuse, totalement planté, la roue arrière a bien creusée. Petite pensée pour Nicolas qui m’a raconté une histoire similaire hier…

Bon, bah…même technique qu’il y a deux jours : faut coucher la moto pour descendre. Sauf que ma roue arrière s’est bloqué dans des bouts de bois enfouis dans le sable, donc ça complique les choses…

J’entends des motos qui passent au loin, mais elles ne passeront pas sur cette piste, vu que c’est pas la bonne. Je suis donc tout seul, sous un soleil de plomb, va falloir se démerder. Je suis venu pour en baver, je suis servi.

Une bonne heure plus tard (cool, j’ai fait moins long que Nico !), j’ai sorti Rally de ce bazar, mais en fait…je suis dans une cuvette, pour en sortir, j’ai pas le choix que de repasser au même endroit où j’étais planté…

Technique simple : vu qu’en finesse c’est pas passé, on va passer comme un bourrin. Je prends de l’élan, j’arrive en bas de la côte à 60kmh, je regarde loin, et ça passe ! Sauf que…j’avais pas prévu le retour de suspension et un coup de gaz mal placé fera décoller la moto : c’est mon premier gros saut à moto ! Il doit pas être très beau, mais je me demande surtout comment ça se passe pour la réception. Bah en fait, ça se passe bien : garder les fesses en arrière, tirer sur le guidon et on pose la moto délicatement en commençant par la roue arrière.

Bon, malgré cette maîtrise incroyable, je m’arrête un peu pour laisser passer cette effet de surprise (je contrôle aussi que mon caleçon est bien sec après tant d’émotions…) et je me demande encore comment c’est passé. J’aurais du allumer ma GoPro !

Le reste de la journée se passera mieux, sauf que je suis carrément à la bourre. Les spéciales 2 et 3 ne sont pas trop difficiles, et à la fin de la 3ème, je fais une pause station-essence. Alors que je savoure ma barre protéiné du jour accompagnée d’une RedBull saveur Tropical, je vois Laura qui passe. Je finis rapidement ma barre et en selle, faut que je la rattrape ! Oui, rouler à deux c’est un peu plus sécurisant, vu mes galères du matin…Et si elle est là, c’est qu’elle aussi a bien du galérer…

J’ai du mal à la rattraper car malgré sa petite moto, elle envoie vraiment bien sur route ! Je ne compte que sur le fait d’avoir 3 fois plus de puissance qu’elle pour la rattraper car clairement ma technique sur route est moins efficace !

Je la rattrape, je lui fais un appel de phare (oui car mon klaxon ne marche pas…) et elle lève les bras : elle aussi a du galérer aujourd’hui et doit être contente qu’on soit deux.

On arrive sur la 4ème spéciale et elle me confirme qu’elle a pas mal enchaîné les soucis. Bon, cool, deux galériens ensembles ça va donner de grandes choses.

Mais étrangement, cette spéciale se passe bien. Enfin, ça va bien jusqu’au dernier 500m…

D’un coup, la piste qu’on suivait disparaît au milieu des arbres…La fin de la spéciale est à 500m, vu qu’on est dans la forêt en descente on ne peut pas faire demi-tour, donc pas d’autres choix que de continuer. Un passage trialisant digne d’une étape d’enduro.

Je descends ma moto mais en étant à côté. A droite de la moto, ça peut pas tomber c’est du rocher. A gauche, où je suis, si on tombe, on va se faire mal à cause du vide…

Je galère pour descendre Rally, mais je galère encore plus pour descendre l’Himalayan de Laura : cette moto en plus d’être peu puissante, elle est plus lourde que ma KTM !

Arrivé en bas, j’en peux plus. Laura, en bonne italienne qui se respecte, mitraillera de selfies photos et vidéos, car elle poste en live sur les réseaux sociaux.

La dernière spéciale de la journée est fermée, c’est en fait un parc naturel, donc interdit à la circulation. Direction le bivouac du soir, à Passau. Une très belle liaison, avec de la route à virage comme on aime, après autant de galère on est content d’avoir un beau bitume ! C’est à partir de ce moment-là qu’on a commencé à rouler ensemble avec Laura, au lieu de galérer seul, galérons à deux !

L’arrivée à Passau est magnifique ! C’est une très jolie ville sur le Danube, qui me rappelle notre voyage en 2012 lorsqu’on a suivi le Danube durant notre traversée de l’Europe.

Ce soir, je prendrai le temps d’aller marcher en ville pour aller chercher un petit restaurant. C’est agréable de marcher un peu, dans une ville qui est vraiment chouette. Les dédales de petites rues piétonnes auraient plu à Hyon, j’en suis sûr !

Passau

Bon, se balader c’est sympa, mais il faut aussi bosser sur la moto. Vérifications de l’ensemble, nettoyage et graissage de la chaîne et puis dodo. Une fois encore, je serai en chambre, avec le photographe officiel du rallye. Vu que je ne suis pas prévu sur les plannings chambre, on me cale là où il y a de la place…

Jour 7 : Passau (DE) – Laives (IT), 450km

Je commence vraiment à me faire à la navigation. Sur la première spéciale, je roule étonnamment très bien, très vite et sans erreur de navigation. Je prends vraiment mes marques sur Rally : debout, détendu, en appui sur les cale-pied pour tourner. Sur cette longue spéciale, je me sens bien, et puis…la police nous arrête : le chemin sur lequel on est, est interdit à la circulation ! La police relève nos permis de conduire, carte grise, et puis après négociation nous laisse repartir, mais il faut rouler doucement, pas plus de 30kmh. Ok donc c’est mort pour être dans le timing sachant qu’on vient de perdre 15 min. Durant ce stop, Miguel me rattrape : je suis étonné car il est parti 20 min avant moi ce matin. Il a pas mal galéré et chuté, fautes de navigation. Comme quoi, la navigation s’est aussi hyper important, si ce n’est plus que le pilotage lui-même !

Les spéciales suivantes seront très courtes, Allemagne oblige. Et puis à la fin de la spéciale 3, encore un blocage de police…

On sera une bonne quinzaine à être bloqué ici, durant 1.30h, en plein soleil. Le plus frustrant c’est que c’est l’heure de l’apéro, mais à part nos Camelbak rempli d’eau, on n’a rien !

Les chemins que nous venons de prendre ne sont pas interdit, mais un local n’a pas aimé voir passer pleins de moto sur ce chemin et a donc appelé la police. Après vérification que rien n’était illégal, on nous a laissé partir.

Durant le blocage, j’ai retrouvé Nicolas qui venait d’avoir un accident avec un hollandais qui roulait trop vite. Il a un orteil cassé, mais tant qu’il garde sa botte, ça n’enfle pas. Je décide de rouler avec lui, au cas où il ait d’autres soucis ou un malaise, car l’ambulance n’avait qu’une seule place et elle a été prise par le hollandais fautif qui s’est cassé la jambe.

La liaison est très belle, paysages magnifiques où des fois je me croirais à la maison en Suisse ! Des montagnes, des lacs…en fait, on traverse le Tyrol !

Bon, par contre, la dernière spéciale, courte elle aussi, ne fût pas du tout sympa ! Une descente caillouteuse et glissante avec des voitures qui arrivent en face…Je serre les fesses à chaque virage, j’ose pas non plus trop freiner pour ne pas glisser…

Et puis en route, je perds Nicolas, qui est parti sur l’autoroute au lieu de la longer. Je l’attends sur une station service, mais il passera certainement devant sans me voir. Je finis la liaison seul, et arrivé à Laives (IT), je verrai que Nico est là, arrivé juste 10 min avant moi et les médics s’occupent de son pied.

Ce soir, enfin, je pourrai planter ma tente ! Chouette !

Jour 8 : Laives (IT) – Brescia (IT), 300km

Une longue liaison pour commencer, où je roule avec Laura et un anglais Stephen. A cause de souci d’embrayage sur l’Himalayan de Laura, on perdra Stephen dans une grosse montée : je me retrouve à devoir pousser Laura et sa moto pour arriver en haut. Et les ennuis ne font que commencer, car les étapes du jour sont très vallonnées et la course se dirige vers le sud donc il fait de plus en plus chaud.

Pousser une moto, par plus de 35° en plein milieu d’après-midi, c’est pas simple. Et puis je tombe en panne…en panne d’eau ! Ça parait bête, mais vue la chaleur c’est pas anodin. On ne pourra pas finir la dernière spéciale, entre une moto qui monte pas les côtes et un pilote assoiffé…

Direction le bivouac direct, enfin l’arrivée en tout cas. Ce soir, l’arrivée a lieu au musée de la célèbre course « Mille Miglia« . Je descends 2L d’eau d’un coup, je prends une douche fraîche et je recherche un endroit où je peux manger un énorme burger avec une bière. Oui, il me faut bien ça pour me requinquer.

Jour 9 : Brescia (IT) – Cuneo (IT), 580km

Y’a des jours où il vaudrait mieux pas se lever. Ce jour est un jour comme ça.

Ça commençait bien, comme toujours. La première spéciale se passait bien, la moto de Laura avait été réparée donc pas besoin de pousser…Et puis il a fallu faire demi-tour, erreur de navigation, encore et toujours.

Le demi-tour se passe bien, mais je ne vois pas le petit fossé, et boum, ma roue avant part dedans, et je fais un soleil par dessus la moto. Rien de cassé, pas de bobo, mais cette chute jouera sur ma fatigue et le moral par la suite, et je ferai plusieurs autres petites chutes du coup.

Et puis l’accident. Alors qu’on se dirige vers la spéciale 2, par une chouette liaison qui tournicote, je me dis justement que je sens que je suis fatigué et que je ne devrais pas prendre la prochaine spéciale pour m’économiser. Et au détour d’un virage à droite, à allure modérée, mon pneu arrière décide de se dérober, je glisse.

En fait, pour la course, Rally est équipée en pneus enduro purs et durs, qui sont excellents en offroad, mais totalement inadaptés sur route, bien qu’homologués. Les nombreux kilomètres déjà fait ont bien usés les pneus et du coup…ça glisse.

Alors que je suis en train de tomber le flanc droit, je pense à deux choses : prendre appui sur mes cales-pieds pour essayer de rester sur le côté droit de la route (vu qu’en fasse il y a un camion et une voiture qui arrivent), et protéger mes mains car je roule sans gants (à cause de la chaleur, mes mains ont enflées et je ne rentre plus dans mes gants…).

Je touche le sol, je glisse, je vois Rally qui glisse aussi et qui est passée tout juste entre le camion et la voiture et je pars en roulade, en frolant la voiture qui vient d’en face. Une fois immobilisé, je me retrouve sur le dos, avec une énorme douleur en bas du dos, j’arrive à bouger chaque membre, c’est une bonne nouvelle, mais ça me fait mal au dos. Merci mon ange gardien, je m’en sors bien.

Je resterai là, au sol, un sacré moment, en plein soleil. Laura qui m’accompagnait a arrêté la circulation et a déclenché les secours via nos balises. Les gens qui étaient là ont appelé une ambulance. Au sol, bloqué, j’ai le réflexe à la con du motard qui a chuté : comment elle va ma moto ? Mais pas de réponse. Je suis inquiet car la dernière image que j’ai d’elle, c’est la voir glisser sur la route en direction du bord de la falaise…

J’ai chaud, très chaud, mais personne n’ose m’enlever mon casque ou ma veste. Je leur dis que ça va, je peux bouger, donc y’a rien de cassé, mais dans le doute, ils attendent les secours. L’orga arrive, l’ambulance aussi. Ils ne parlent pas anglais, Laura n’a pas le temps de traduire, qu’ils arrivent avec leur ciseaux et découpent mon sac à dos et ma veste pour me sortir de là. Quand ils s’apprêtent à couper mon pantalon et mes bottes, j’hurle pour leur dire que ça va, on peut les enlever normalement sans souci. Bon ok, ça fait mal mais c’est jouable.

Direction l’ambulance, et l’hôpital du coin à Voghera.

Les routes italiennes sont à peu près aussi bonnes que les pistes qu’on emprunte. J’ai très mal au dos, mais on m’a immobilisé sur le dos malgré tout et donc les 30 minutes d’ambulance semblent être une éternité. On me pique et on m’injecte des anti-douleurs. Une fois à l’hôpital, personne ne parle anglais, dur de se faire comprendre, de raconter ce qu’il s’est passé et où j’ai mal. C’est parti pour une batterie complète de radio : thorax, colonne vertébrale, tête…

A la suite de tout ça, je m’endors. OK, c’est fini pour moi la course, on n’est plus en état. Je ne sais même pas où est ma moto et comment elle va ? En fait, je ne sais pas non plus comment moi je vais. J’ai mal, mais je suis toujours allongé sur le dos…

Deux ans de préparation pour en arriver là, c’est-à-dire à mon point de départ : un hôpital. Ce rêve est né dans un hôpital et se termine de la même façon…

C’est con, c’est vraiment con…

11 thoughts on “Gibraltar Race : repousser ses limites, pt. 1

  1. Je reste sur ma faim pour connaître la fin… A te lire, on se croirait avec toi durant la course. C’est tellement émouvant !!!

    1. La bonne nouvelle, c’est que si j’ai fait cet article c’est que je suis toujours en vie ! 😀 La suite de l’histoire, faudra attendre encore un peu, faut que je motive…

  2. Bien joué Jmi ! La chute fait partie du challenge et de la course. En tout cas tu en gardes de très vons souvenirs c’est le principal. Et c’est pas une falaise de merde quo v venir à bout d’un mec qui a fait la Russie seul en defender 😉

  3. Hello jmi, pour être franc et malgré toute mon admiration pour ce que tu as fait et vécu jusqu’à maintenant, je suis surpris par ce choix d’épreuve jusquauboutiste. C’est un gros morceau la Gibraltar Race orienté pilote d’enduro/raider et c’était un peu chronique d’une galère avancée que de t’y lancer même avec la meilleure moto du monde (et la plus belle, bravo !). Suis dubitatif… Bon rétablissement et j’espère que tu nous gâteras avec d’autres préparations, d’autres aventures plus ludiques et accessibles. Amicalement. PJ. 😉

    1. En fait c’était tout le but de cette participation à la Gibraltar Race, et comme le dit le titre : repousser ses limites. On peut se cantonner à ce qu’on sait déjà faire, ou alors se mettre en danger, prendre des risques pour, comme le dit l’expression marketing du moment « sortir de son cercle de confiance ». J’aurai aussi pu être plus raisonnable d’entrée et ne faire qu’une Gibraltar Express (la moitié de l’épreuve), ou juste une sortie trail tranquilou. Mais ce n’était pas le but. On ne peut savoir ce qu’on vaut, ou est-ce qu’on en est physiquement et mentalement qu’en se testant à fond…
      …mais l’histoire n’est pas fini

  4. Voilà que je te découvre car je vais monter une 690 rally, au détour de mes recherche sur le kit idéal je suis tombé sur ton blog. A ce que j’ai compris tu est bien placé pour savoir qu’il faut profiter de chaque instant et les vivre à fond. J admire ta force de caractère qui te pousse à te dépasser, l’humain est capable de plus qu’il ne l’imagine et c’est dommage que cette chute t’ai empêché de nous le prouver. J’espère que toi… et « rally » nous feront vivre d’autre aventures au dénouement plus joyeux.

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