Une incroyable surprise : l’Éthiopie, suite

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Allez, la suite de l’Éthiopie… J’ai passé tellement de bons moments qu’il faut deux articles pour ce pays ! Et encore, je me limite…

Addis Ababa

Comme je le disais précédemment, Addis (oui, on dit Addis pour les intimes) est la capitale de l’Éthiopie et aussi la capitale de l’Union Africaine. C’est un peu le Bruxelles de l’Afrique quoi.
Le QG de l’Union Africaine est dans cette ville. Il y a aussi le QG de la Commission Économique pour l’Afrique des Nations-Unies.
Ces choix sont stratégiques : l’Éthiopie résonne de façon particulière dans l’Afrique, car le pays n’a jamais été colonisé (pourtant les italiens ont tenté… 2 fois !) et donc naturellement le pays est devenu symbole de liberté. C’est pas pour rien que les couleurs panafricaines sont les couleurs du drapeau éthiopien…

Addis est une ville relativement moderne, on ne s’y attend pas. Le premier truc qui m’a marqué…

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Ils ont un tram ! Oui oui oui, ce qu’on voit à gauche c’est un tram aérien tout neuf ! C’est apparemment le premier pays d’Afrique de l’est à en être doté. C’est même le premier pays d’Afrique où je vois un tram… Même en Afrique du Sud, y avait pas !

La ville se développe à très grande vitesse. Il y a un plan de développement globale, et dans les années à venir Addis changera radicalement de visage. Pour le moment, c’est vrai qu’on voit encore pas mal de travaux… Mais je serai curieux de voir la ville dans 5 ou 10 ans…

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Mais bon, je suis pas architecte ou urbaniste moi, passons à des choses plus classiques…

L’Éthiopie est au coeur de la vallée du rift, ou le contraire. C’est donc ici qu’on a retrouvé énormément de traces des premiers Homo, dont la plus célèbre : Lucy

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Précis'Hyon
Lucy serait un mâle, en fait. Il a environ 3,5 millions d’années et a été découvert à Hadar en Ethiopie en 1974. C’est un australopithecus afarensis, un cousin et non un ancêtre des humains. Pour l’article complet Lucy Wikipédia

La vallée du rift, c’est un peu notre berceau à tous, et particulièrement ici en Éthiopie. Le pays étant relativement en altitude, les conditions climatiques ont été excellentes pour que la vie prospère. Aujourd’hui, le pays est le paradis des chercheurs car on trouve régulièrement des éléments nouveaux sur nos origines.
Et oui, l’humanité vient d’Afrique et a immigré vers le reste du monde dont l’Europe…on est donc tous des immigrés africains !

Alors que je prenais un café, deux jeunes éthiopiens m’interpellent : Kesa et Abel !
On discute, et on continue la journée ensembles où ils m’aident car ma carte sim locale ne marche pas.
Et oui, pour moi l’Éthiopie ça a été ça avant tout : des rencontres vraiment enrichissantes.

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C’est pas évident sur cette photo, mais j’ai pourtant bien bronzé…  C’est assez rare que j’ai l’air pâle en photo !

Le lendemain, je retrouve Abel qui, étudiant dans le tourisme, se fait un devoir de me présenter sa ville. Et c’est avec un grand plaisir que je suis mon guide !
Le point fort de la journée sera la soirée : on va dans un festival où sur scène il y a de la danse et des chants traditionnels et dans le public tout le monde danse ! Une vraie foire, je ne pouvais rien vivre de mieux pour ma journée du 1er janvier en voyage !

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Et oui, en occident, on a changé d’année, mais pas ici ! Leur calendrier différent fait que le nouvel an est le 11 septembre… Et là, on est encore en 2008…et oui, je vous l’avais dit l’Éthiopie est un pays à part !

Après quelques jours à Addis, il est temps de partir. J’ai apprécié ce petit séjour, alors que pourtant un grand nombre de voyageurs vous dira de zapper la capitale, elle n’offre rien d’intéressant. Et pourtant si, elle a une chose très intéressante : sa population ! Comme ailleurs dans le pays d’ailleurs…

Je me dirige, une fois de plus…

Vers le Nord

Évidemment, je vise le grand classique Lalibella, mais y’a un peu de route.

J’adore l’Éthiopie, car c’est aussi le pays où j’ai eu le plus de plaisir à rouler : des pistes magnifiques aux routes de montagnes sinueuses à près de 3300m d’altitude…le rêve de tout motard !

Mais y’a des fois aussi où la route n’est pas clémente, surtout en altitude…

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Là, je flippe un peu. Mon feu arrière est mort (depuis l’Afrique du Sud en fait…) et les camions bus roulent comme des fous même s’ils ne voient rien. On voit pas à 5m, et ça tourne…
Ce voyage m’aura vraiment permis de progresser en conduite moto, car là, je crois que j’ai pu voir à peu près les pires situations que jamais je ne verrai en Europe.

Puis quand le brouillard se dégage, le public est là pour me soutenir…

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Pour une fois, ils ne sont pas agressifs, on peut même s’arrêter et s’assoir à côté d’eux pour discuter. Mais on parle pas la même langue.

Puis la route des fois réserve aussi des surprises, genre un pont qui est tombé quelques jours plus tôt donc vous oblige à un énorme détour hors route…

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Totalement paumé, un motard local vient à ma rescousse et me dit de le suivre, lui aussi va dans la même direction.
Je me sentais plutôt bon en moto, avec d’énorme progrès ici en Afrique, notamment sur piste. Mais là, j’ai pris une claque ! Papy et sa petite moto chinoise de 125cm³ de merde, pneus lisses pas de casque clope au bec…me met une correction !
On est a plus de 70km/h, même sur route ici je roule pas à cette vitesse…
Mon seul moment de répit où je le rattrape : il a déraillé !

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Suite à ça, il sera plus prudent et en plus on grimpe dans la montagne, ma moto étant plus puissante c’est lui qui est à la traîne. Ouf, l’honneur est presque sauf !

La piste qui mène à Lalibella est magnifique. J’ai parfois l’impression de retrouver des paysages islandais, dans les fjords du nord-ouest.

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C’est exactement ça que j’aime : évoluer dans un décor plutôt sympa avec mon véhicule, là, vraiment, on n’en revient pas de se retrouver à cet endroit.
…bon, par contre faut surveiller le niveau d’essence, les stations se font rares…

Ah, pis un autre truc que j’aime bien : la pause pipi grandiose !

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J’aurais jamais une vue pareille dans mes toilettes…ou alors faudra coller une photo derrière les WC !

Mais sur piste, il ne faut pas s’endormir ! Toujours être prudent, encore plus quand on roule seul, car la moindre inattention peut être très grave.

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Ce camion n’a pas voulu me laisser la priorité, on s’est un peu énervé avec Lasty 🙂 Non mais…

Plus sérieusement, faut pas se prendre pour un pilote du Dakar ici, car en dehors de la piste, c’est du vide, on dégringole la montagne ! J’ai couché la moto quelques fois car certains passages sont vraiment durs et techniques en moto, genre épingle à cheveux en descente avec des marches…et dans ces cas là, on est content d’avoir une moto légère à relever ! La pauvre Lasty a pris très cher en Éthiopie…mais elle roule toujours !

Et après pas mal de piste, on y arrive enfin…

Lalibella

Bon, bah…on va pas en faire tout un plat hein.
Partout sur le net, pour vous parler de Lalibella, on vous montrera ça :

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Puis on rivalise d’imagination poétique pour expliquer à quel point c’est fou et tout ça.
Mais moi, je vais pas vous parler des églises.
Bon, OK, faut les voir (et se délester d’une certaine somme d’argent…) mais là, on est bientôt le 7 janvier, le Noël orthodoxe éthiopien, donc la ville est saturée de monde, des locaux qui viennent en pèlerinage. Donc c’est chouette à voir et à vivre mais c’est fatiguant !
Donc, moi j’opte pour un programme imprévu : des cours de cuisine !

S’il est un élément de la vie quotidienne des éthiopiens qui est ancré au plus profond d’eux, c’est le café. L’arabica, le vrai, est originaire d’Éthiopie. Et donc, boire un café c’est tout un rituel…

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Mais le plus dingue, c’est la préparation ! Alors que nous on est habitué aux capsules de café ou au café déjà moulu en paquet, là, on part du produit frais !

Au hasard d’une rencontre, je croise Selama. Elle tient un petit magasin de café, c’est à dire une pièce de 9m² où elle travaille, vit et dort. Elle me montre comment préparer le café.

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Après avoir lavé les grains de café (qui sont vert pâles) elle les fait lentement dorer dans une assiette en fer posée sur du charbon.

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Quand les grains ont la couleur dorée du café, elle laisse refroidir.
Moi j’ai toujours crû que les grains de café avaient naturellement cette couleur…en fait non, c’est après les avoir « roast » (j’ai pas le mot français) (NB Hyon : torréfiés ).

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Puis ensuite, on écrase le tout, on le réduit en poussière ! À la main bien sur…

Le café ainsi préparé sera consommé le jour même ou le lendemain. Au delà, on le jette car il est considéré comme n’étant plus bon. Ça donne à réfléchir avec nos paquets tout fait ou capsules qui ont été préparés presque 1 an avant…

Et puis ensuite, le café moulu est mis dans un récipient on ajoute de l’eau chaude, on laisse décanter et on sert doucement.
Et là… Mmm…je ne suis pas amateur/connaisseur de café, mais en Éthiopie, vraiment, même si on n’aime pas le café, on ne reste pas insensible.

C’est assez courant de voir dans les villes et villages ce genre d’endroit tenu par des jeunes femmes. Selama a 20 ans, et après avoir quitté la maison familiale à 18 ans, ne pouvant s’offrir des études supérieures, elle a enchaîné des petits boulots et depuis 6 mois, elle a ouvert ce petit café. Elle doit louer l’endroit, et un frigo car elle vend des boissons. C’est juste une pièce, les toilettes, à l’africaine, sont dehors, communes à plusieurs maisons et la douche c’est un sceau d’eau. Une vie simple. Son ambition est que son café marche bien pour pouvoir ouvrir un petit restaurant. Elle me raconte ça avec le sourire, tout en chantant et dansant, elle ne montre aucun signe de tristesse ou autre, je suis ému par cette simplicité, sa gentillesse et sa générosité. En occident on se plaint pour des petites choses alors qu’on a tout, elle, elle n’a même pas de lit, mais elle est contente car elle a un toit et du travail… Ça donne à réfléchir…je lui souhaite de réussir.

Et puis j’enchaine avec un autre cours de cuisine : le tibbs ! Mon plat favori ici, et comme je me suis fait des potes dans une petite gargote, le soir je viens voir comment on fait !

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Oui c’est la cuisine. Ça change des cuisines propres et blanches de chez nous hein ? Tout au charbon, tout est simple mais la bouffe excellente !
Une fois rentré, je pourrai lancer un resto éthiopien !

Bon aller, on quitte Lalibella, et direction…

Gondar

Gondar est un peu le Camelot local, c’est une ville médiévale avec les seuls châteaux d’Afrique de l’est !

Mais une fois de plus, je vais pas vous bassiner avec les trucs touristiques.
Il se trouve que je suis dans la ville le jour de Noël, et, par le hasard d’une nouvelle rencontre, je me retrouve de nouveau invité.

Cette fois-ci c’est Hannah et sa soeur, qui viennent juste d’ouvrir leur petit café. Je voulais juste prendre un café le matin, puis finalement ça c’est transformé en cours de cuisine : le chiro.

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C’est un plat végétarien, il en existe pas mal dans leur cuisine car par religion ils ne mangent pas de viande les mercredis et vendredis.

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L’ingrédient principal c’est de la farine de haricot, je ne sais pas quelle sorte de haricot car la farine est orange. On mélange tout ça avec oignon, ail, piment (énormément de piment, ils adorent ça, et moi aussi) et à la fin on obtient une pastouille où on trempe des enjiras dedans pour manger ! Miam !

Et puis les soeurs me demandent si je mange du poulet, car on l’entend brailler dans la pièce à côté. Et du coup, elles me propose de revenir ce soir car c’est Noël et à Noël on prépare l’une des meilleures spécialité d’Éthiopie, à base de poulet : le doro.
Je reviens l’après-midi pour cuisiner et apprendre

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Encore une fois c’est simple mais efficace : ail, oignon, énormément de poivre rouge moulu et on plonge le poulet dedans. On peut rajouter des oeufs durs.

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Évidemment, ça se mange avec des enjiras 🙂 attention, c’est épicé ! Même Hannah n’en peut plus tellement ça pique.

On passera une excellente soirée de Noël tous les 3, où je pensais être un client mais en fait j’étais invité. Confus car je suis arrivé en mode voyageur ( = crade) alors qu’elles, elles ont mis leur robe traditionnelle

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Cette soirée sera ma dernière en Éthiopie, et aura été, comme tout le pays, pour moi, incroyable.

L’Ethiopie aura été ma plus belle étape car entre les paysages splendides, des routes à moto géniales, une histoire prenante et des rencontres marquantes vraiment je pense avoir découvert ce que je voulais en venant : la culture d’un pays.

Je remercie du fond du coeur ces inconnus sur ma route, qui sont maintenant des amis, de m’avoir fait aimer leur pays. Pour beaucoup hélas, je n’aurai pas de nouvelle car ils n’ont pas accès à internet et n’ont pas de boite postale. Mais cette humanité, cette chaleur, cette gentillesse et cette générosité me marqueront définitivement. Des fois on nous demande pourquoi on voyage…vous venez d’en lire une raison…

18 thoughts on “Une incroyable surprise : l’Éthiopie, suite

  1. Quel récit !!! Ce voyage t’enrichira énormément , humainement parlant . Tu ne seras plus le même à ton retour .

    Addis Ababa ( ou Abeba ) , bientôt ressemblera à une ville occidentale .

  2. toujours un recit d’exception, encore une belle histoire qui demontre la simplicite des gens , bonne continuation et soit prudent sur les pistes , te laisse pas emmerder par les camions !!!

  3. ce qui est enorme, c’est que tu ais des difficultés a sortir d’Afrique légalement alors que des gens mal intentionnés rentrent et sortent a leur guise!!!

  4. Ah oui je comprends bien pourquoi je suis si bronzé !!! On me le dit tous les jours que je suis une immigré africaine… lol
    Super récit ça fait voyager, les rencontres elles ont l’air géniales!!!

    1. Être en moto et solo, c’est avant tout faire des rencontres en effet…et j’ai vmt eu la chance d’en faire des belles !
      …toi une immigrée africaine 🙂 faut qu’on trouve une photo ensemble pour faire un contraste

  5. Comme d’habitude on prend un énorme plaisir à te lire. Non seulement on apprend plein de choses sur un pays méconnu mais en plus tu nous a bien fait rire. Toujours autant d’humour dans tes récits.
    Espérant que tu as trouvé une solution pour le retour. A bientôt
    Pat et Pat
    Wokipi

  6. est ce normal que jmi n’ai pas bouge depuis plusieurs jours? il est dans le désert avec rien autour c’est étrange et inquiétant .

  7. Non , non . Pas de souci , pas d’inquiétude Denis . Jmi n’est plus dans le désert . Il est revenu à Khartoum le lendemain de son bivouac dans le désert .

    Je me permets de répondre à sa place , car je ne sais pas s’il peut répondre ou pas . C’est juste pour rassurer Denis .

    Suite aux prochains épisodes .

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