Le voyage…intérieur…

Accueil > Blog > Autres voyages > Le voyage…intérieur…

Jamais un voyage ne nous avait emmenés aussi loin et aussi longtemps…

Oui, un voyage, on n’en avait pas parlé ici, on n’a pas écrit en live durant ce trip, mais on se rattrape maintenant.

Bon, on annonce la couleur, pour ceux qui aiment voir des photos de paysages, ou des photos tout court, bah…dans cette article, il n’y en n’aura pas ! On va vous raconter un truc pas drôle, mais on va essayer de le faire pour que ça le soit un peu quand même. Parce qu’il faut savoir rire de tout, même de trucs un peu plus graves.

L’année 2017 commençait plutôt pas mal, avec un petit tournant dans notre quotidien, et donc l’obligation de revoir notre façon de voyager en véhicule et prévoir une nouvelle place. Mais bon, la vie est une farceuse, et vu qu’on était plutôt heureux, fallait forcément qu’un truc se passe, sinon, ça serait pas drôle.

Je pensais avoir vécu le pire avec ma traversée de la Sibérie en solo, mais en fait, finalement, c’était rien.

L’histoire commence fin juin, par un simple rendez-vous chez le médecin. D’habitude, je ne vais jamais chez le médecin, et je tousse durant des mois, mais cette fois c’est différent : si j’ai quelque chose de grave, faudrait pas contaminer la petite, surtout qu’en Suisse, il y avait une épidémie de coqueluche dans notre région. Une semaine d’antibiotique plus tard et aucun signe d’amélioration, je retourne chez le médecin (deux fois chez le médecin en moins d’une semaine, mon record !) qui, dans le doute, me fait une radio des poumons. Calmement, il m’annonce que ça serait pas mal de faire un scanner le lendemain, car sur les images, on aperçoit un petit truc.

Le lendemain, scanner. C’est assez drôle le scanner, on vous injecte un produit iodé, qui en quelques secondes vous donne chaud de partout, et hop, on commence. Sensation pas agréable, mais pas douloureuse. Suite à l’examen, j’enfourche ma moto, et je rentre chez moi. En cours de route, le médecin radiologue m’appelle, mais j’arrive pas vraiment à répondre au téléphone à moto. Les gants et le casque c’est pas super pratique. Je rappelle, et on me dit d’appeler mon médecin traitant d’urgence. Je l’appelle, il me dit de passer de suite. Dis donc, on aime bien jouer le suspense hein ?

Une fois au rendez-vous, il m’annonce une suspicion de lymphome. Ok, d’accord, je peux y aller maintenant ? Ah, non, il faut prendre rendez-vous à l’hôpital de Lausanne, le CHUV. Dis donc, c’est bien compliqué ce truc. Bah oui, parce qu’en fait, je ne savais pas ce que c’était un lymphome. Qui sait ce que c’est d’ailleurs ? Mon médecin appelle le CHUV, insiste sur le fait que j’ai 30 ans et jeune papa, donc ça serait bien de me voir en urgence. Ca ne m’inquiète pas plus que ça, alors finalement je rentre chez moi, le CHUV me rappellera.

L’après-midi même, le CHUV me rappelle, je dois venir de suite car demain, il faut m’opérer, une biopsie. D’accord, j’ai toujours rien compris, mais j’y vais. Là, on m’explique que j’ai un truc dans la poitrine, faut donc m’ouvrir pour en prendre un morceau, non pas pour faire un barbecue, mais pour analyser et définir précisément de quoi je suis malade. Soit, allons-y, ouvrons ça. Une petite opération sous anesthésie générale, je serai sur pied dans 2 ou 3 jours et je pourrai rentrer à la maison.

Ca, c’était ce qu’on m’avait dit au début, mais finalement, les choses s’enchainant, je ne suis sorti définitivement de l’hôpital que mi-septembre. J’avais peut-être mal compris entre 2-3 jours et 2-3 mois ? Bon, j’ai passé un peu vite sur la période estivale, mais ça va servir à rien de rentrer dans les détails ici.

En tout cas, contrairement à ce qu’on peut croire, on mange bien à l’hôpital, enfin en tout cas au CHUV à Lausanne. Oui, vous l’avez remarqué en lisant ce blog, la bouffe est une pensée omniprésente, même sur un lit d’hôpital.

Dommage qu’avec le temps et les traitements, je n’avais plus d’appétit…

Bon, essayons d’être un peu plus clair tout de même…

Suite à ma biopsie, le diagnostique précis est tombé : Lymphome médiastinal diffus à grande cellule type B stade IIB.

C’est plus clair comme ça hein ? On comprend mieux ? Voilà un peu l’effet que ça m’a fait durant tout le début des soins : je comprends strictement rien, mais ok, on suit le mouvement.

En fait, un lymphome, c’est un cancer (ahhh là je sens qu’on gagne du clic sur ce site !), un cancer du système lymphatique, c’est-à-dire un cancer du système immunitaire qui touche les lymphocytes, une sorte de globule blanc. Médiastinal, c’est dans la poitrine (oui, on aime bien mettre des mots compliqués, ça justifie autant d’années d’études des médecins). Pour faire simple, les trucs qui sont censés me guérir en temps normal, ici, ils me font plutôt du mal.

D’après les statistiques, ce cancer touche principalement les gens plus âgés (à partir de 60 ans, attention, j’ai pas dit vieux !), et reste relativement rare. Cool, un cancer de vieux et rare, j’en ai de la chance 🙂 Bien entendu, avec une chance pareil, on a joué au SwissLoto, au cas où. Bon, pas besoin de vous dire le résultat…

Donc, oui, un petit cancer pour 2017, voilà le nouveau voyage !

J’ai dit un voyage intérieur, et bien c’est vraiment ça. En fait, ça ne sert à rien d’être courageux et tout ça, juste soyez patient, et laissez vous faire. On est un bout de viande que des gens essayent de soigner, et il faut le prendre comme ça. En tout cas, je l’ai pris comme ça, parce que je ne suis pas médecin, je comprends rien, et en fait, ça m’intéresse pas de comprendre. Les médecins eux, vous soignent, mais ne maitrisent pas les effets secondaires, donc ils vous font une batterie d’examens tous plus gênants que douloureux pour savoir ce qui ne va pas. C’est pas leur faute, ils font ce qu’il faut faire pour soigner le corps.

Et puis on passe du temps, beaucoup de temps seul à l’hôpital. En fait, je comprends pourquoi on appelle les malades des patients. Bon, ça va, je suis quelqu’un de très patient. Le bon point c’est que du coup, ça laisse pas mal de temps libre pour rattraper les séries qu’on a de retard…L’inconvénient c’est qu’il n’y a pas assez de séries intéressantes pour occuper tout le temps…

Le plus dur dans tout ça en fait, c’est pas la maladie ou les traitements. C’est qu’on a peur pour ses proches. Et puis la séparation avec la famille, ne pouvant pas les voir tout le temps, et devoir mettre des barrières entre nous car la moindre infection est dangereuse, ne pas pouvoir prendre ma fille dans mes bras car je n’ai plus de force et la voir de loin…

Bon, rangez vos mouchoirs, en fait, on en fait tout un plat d’un cancer, mais pour de vrai, ça va. Cancer, ça veut tout et rien dire à notre niveau non médical, ça fait peur, mais, dans mon cas, ça se soigne. On traite 90% des malades en 6 mois, voilà, moi j’aime les stats, ça me suffit de savoir ça, faut juste attendre.

Voyons les choses du bon côté : 8 mois sans travailler mais en étant payé, l’excuse d’être un cancéreux donc on ne fait rien, y’a tout le monde qui prend soin de vous. Bon, en contrepartie, faut se taper une chimiothérapie et surtout ses effets secondaires, quelques infections, septicémies et autres conneries, mais on n’a rien sans rien hein ?

Ah oué, par contre, moins drôle, régime « femme enceinte » : pas de viandes saignantes/crues (donc pas de barbecue alors que c’est l’été !), pas de sushis, pas de fruits/légumes non lavés, pas de charcut’ (et ça, pour l’Auvergnat que je suis, c’est dur !). Peu importe, dès la fin des traitements, on se rattrapera, on la fera cette côte de bœuf saignante au barbecue, même s’il neige !

En fait, ça faisait 1.5 ans que j’étais rentré d’Afrique, il était donc temps de partir de nouveau en voyage (en moyenne, un voyage tous les ans et demi), mais que faire pour être un peu original ? Bah oui, de nos jours, on va tous en Mongolie, on a tous atteint des hauts sommets en Asie Centrale ou qui n’a pas traversé l’Afrique à moto ? Du coup, rajouter Cancer sur un CV de baroudeur, c’est plutôt pas mal non ? Pis ça fera grimper les stats de visite sur le site, de nos jours, c’est important ça hein, faire le buzz, et tout ça.

Bon, on en rit parce qu’aujourd’hui, c’est officiel, je suis en rémission totale. C’est-à-dire que tout le bordel qu’il y avait dans ma poitrine n’y est plus. On ne dit pas « guéri », car il faut attendre plusieurs années pour le dire, mais en gros dans 2 ans, on peut dire qu’il y a 95% de chance pour que ça soit bon, et dans 5 ans, on me considère guéri. On en reparlera ici même, dans 5 ans 😉

Et du coup, choses promises, choses dues, on sort la viande et on allume le barbecue…et comme par hasard, on a 30 cm de neige en plein mois de mars, mais tant pis !

Bon, du coup, voilà pourquoi on a été un peu absent l’an dernier. L’excuse est plutôt bonne non ? Bon aller, maintenant que tout rentre à peu près dans l’ordre, on est reparti ! On a un planning chargé cette année, et des projets plein la tête…

Je terminerai cet article en remerciant chaleureusement tout le personnel du CHUV qui s’est occupé de moi, depuis les aides-soignantes jusqu’aux médecins. Ensuite, sans l’aide de ma famille on n’y serait pas arrivé, merci Papa et Maman qui ont été là, à chaque moment pour me soutenir et nous aider. Enfin, je tire mon chapeau à Hyon qui a su gérer et encaisser la situation, tout en reprenant son travail et en s’occupant de Nana, en ouvrant une maison de naissance à Lausanne…décidément, on vit des aventures, par toujours celles qu’on voudrait, mais on en voit des choses !

Aller, on oublie tout ça, et en avant !

 

8 thoughts on “Le voyage…intérieur…

  1. Effectivement c’est l’excuse qu’elle est bonne et en plus ça te servira de « pass full access » pour toujours, en mode « passe moi la derniere tartine j’ai guéri du cancer ». En fait c’est ça t’as juste voulu tester ce que ça faisait d’être enceinte, rien pouvoir manger, vomir , te sentir mal, attraper tous les virus qui passent et une excuse pour rien glander qui dure 9 mois ! Sacré Jmi ! Contente de savoir que c’est derrière vous et félicitations pour le mini humain

  2. content de retrouver ton humour « petit homme » , encore une sacrée aventure, tu es vraiment un baroudeur né,mais j’avoue que celle la elle m’a fait flipper et pas moyen de te suivre avec la balise .bon remet toi vite il y a une vache et un tonneau de vin qui t’attendent en gironde!!! bises a toi et a tes femmes a bientot

  3. Merci Jmi. Quel voyage je crois que ton mental, Hyon, Nana et toute la famille ont aide les « hommes de l’art « a te guérir…
    Merci pour cette confiance en l’avenir et a bientôt en Auvergne : tu connais ?

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :